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ANNÉES 60 (LES)

28/01/2011

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Prolifiques et scandaleuses, ce sont les termes qui semblent qualifier le mieux les années 60. Qu'il s'agisse de musique (avec les chanteurs yéyés ou des interprètes moins consensuels), de radio, de télévision, de cinéma, ou encore de politique, la révolution est en marche.

" Souvenirs, souvenirs "

Johnny Hallyday,
l'"idole des jeunes" et interprète de " Laisse les filles ", épouse Sylvie Vartan en 1965.
C'est cette même année que le premier hippy français, Antoine, entend mettre Johnny Hallyday en cage dans ses " Elucubrations ". Le chanteur ne manque pas de rétorquer par une autre chanson " Cheveux longs, idées courtes ", un an plus tard.
Dans le même temps, l'enfant du Golf Drouot parrainé par Line Renaud, décrète que " Noir c'est noir ".

Egalement adepte du twist, qui tourne déjà bien en France, Eddy Mitchell et ses Chaussettes noires, sortent leur premier 45 tours " Tu parles trop " en 1961. " Be bop a lula ", " Daniela " ou encore " Eddie soit bon " connaissent le même succès.
Deux ans plus tard,Eddy Mitchell ôte ses Chaussettes noires et se lance dans une carrière solo.
Parmi ses succès " Toujours un coin qui me rappelle ".

Les Chats sauvages de Dick Rivers, toutes griffes dehors, enchaînent les " tubes ", " Twist à Saint-Tropez " ainsi que " Est-ce que tu le sais " au rythme du rock and roll et du twist toujours.

Et justement, baptisé le " Tino Rossi du twist ", Richard Anthony et sa fine oreille "[J']entends siffler le train " en 1962.
" C'est ma fête " et " Tchin tchin " prennent également le train en marche. Le chanteur sait aussi se montrer contestataire lorsqu'il adapte des textes de Bob Dylan, comme " Ecoute dans le vent ".

Hugues Aufray, qui a rencontré l'interprète, auteur et compositeur américain lors d'un séjour aux Etats-Unis, sort en 1965 l'album " Aufray chante Dylan ".
Un an plus tard, " Stewball " rejoint au galop " Céline ". Autant de titres qui font école aujourd'hui.

Dans le même temps, " La vie en rose " s'achève définitivement pour Giovanna Gassion, dite Edith Piaf. Les cloches ont cessé de sonner, " la môme Piaf " s'éteint le 11 octobre 1963.
Le même jour, les " Enfants terribles " deviennent orphelins, Jean Cocteau est mort.


L'ère de la provocation

A part dans la déferlante yéyée, Jacques Dutronc connaît son premier grand succès en 1966 avec " Et moi, et moi, et moi ".
Un an plus tard, " Les cactus " deviennent une affaire d'état. Georges Pompidou s'y frotte et s'y pique, en déclarant lors d'un débat à l'Assemblée Nationale " Comme le dit Jacques Dutronc : il y a un cactus ".
Les provocations de Jacques Dutronc ne laissent pas non plus indifférent l'épiscopat français.
En 1969 le dandy, qui vit avec Françoise Hardy depuis 1967, se produit sur la scène de " La tête de l'art " en tenue de curé. Pour autant le spectacle continue, " Il est 5 heures, Paris s'éveille " en 1968.

Provocateur également, " L'homme à la tête de choux ".
Serge Gainsbourg
met l'" Eau à la bouche " en 1961 et un an plus tard, ne vous déplaise, " La Javanaise " fait de Serge Gainsbourg l'auteur en vogue.
En 1968, il trouve son égérie en la personne de Jane Birkin qu'il rencontre à Londres lors d'une audition pour le film " Slogan " de Pierre Grimblat. " 69 [s'annonce donc comme une] année érotique ".
Par ailleurs, la chanson " Je t'aime moi non plus ", avec Jane Birkin devient un succès international (une première version est enregistrée avec Brigitte Bardot).

Derrière les lunettes et les mèches revêches, Michel Polnareff n'a pas encore défrayé la chronique en montrant ses fesses sur les colonnes Morris parisiennes...il faut attendre 1972... Mais d'ores et déjà, il connaît un succès international avec " La poupée qui fait non ", qui sera reprise en anglais par Scott Mac Kenzie.

Un scandale, celui provoqué par Julien Clerc qui apparaît quasiment nu dans " Hair ".
Le chanteur est finalement remplacé par Gérard Lenorman dans cette adaptation française de la comédie musicale américaine, qui fait l'apologie de la culture hippie en 1969. Julien Clerc décide alors de partir pour " La Californie " avant de faire appel à toute " La cavalerie ".

Les Beatles, dont les groupies se comptent déjà par milliers en Angleterre, font également des émules en France.
Les " 4 garçons dans le vent " de Liverpool donnent leur premier concert en 1961 au Cavern Club, soit un an avant l'enregistrement de leur premier 45 tours " Love me do ".
Le scandale ne tarde pas.John Lennon n'hésite pas a déclarer en 1966, dans " l'Evening Standart ", que pour la jeunesse anglaise " Les Beatles sont plus importants que Jésus ".
Au même moment, le groupe amorce son virage psychédélique avec " Revolver ", déjà pressenti dans " Rubber Soul ".

Keith Richard, Michael Philip Jagger, Richard Taylor et Brian Jones, de jeunes anglais passionnés de blues et de rock'n roll américain, forment les Rolling Stones. Ils effectuent leur première apparition publique en 1962 à Londres. Leur premier 45 tours "Come on" n'est pas un réel succès. Il faut attendre que les Beatles leur confient une de leurs compositions, "I Wanna Be Your Man" pour qu'ils deviennent le deuxième groupe le plus populaire en Angleterre. Leur premier 33 tours, "The Rolling Stones", est numéro un au hit-parade en 1964.


Les idoles sur la même longueur d'ondes


La radio et la télévision prospèrent durant les années 60.
La morosité laisse place à la convivialité, les émissions de jeunesse et d'information se multiplient grâce à une plus grande souplesse technique.
Les Français, jusqu'alors spectateurs passifs, deviennent des acteurs complices.

En radio, l'émission " Salut les copains " (qui devient également un magazine jusqu'en 1976), créée en 1959 par Lucien Morisse et animée par Frank Ténot et Daniel Filipiacchi jusqu'en 1969, devient mythique. Elle favorise l'émergence des yéyés et du " rock and roll ", accélérant ainsi le phénomène des idoles.

A la télévision, l'émission de variété " Age tendre et tête de bois ", animée par Albert Raisner, réunie en plateau les vedettes les plus populaires entre 1961 et 1966. Le rendez-vous est ensuite rebaptisé " Tête de bois et tendres années " jusqu'en 1968.
Telle une messe, les spectateurs suivent également, entre 1963 et 1966 sur la première chaîne de l'ORTF, la série " Thierry la fronde " avec un Jean-Claude Drouot.
L'acteur évolue dans la France occupée par les Anglais durant la guerre de Cent ans.

L'émission " Dim Dam Dom ", née en 1965 séduit les femmes modernes et parfois sophistiquées. Emission ludique, elle est composée de courtes séquences présentées par des actrices ou des chanteuses en vogue (Anna Karina, l'égérie de Jean-Luc Godard, ou encore Agnès Varda, qui met en lumière le couple Louis Aragon et Elsa Triolet dans son film " Elsa la Rose ").
"Dim dam dom" permet notamment de découvrir la mode encore très sage et les robes vichy qui à la fin de la décennie laissent place aux pantalons pattes d'éléphant, aux manteaux bigarrés et à la fleur à la boutonnière... le " Flower power " est né.

Réunis devant leur " poste ", les Français frémissent en entendant le générique des " Dossiers de l'écran " créée en 1967 par Armand Jammot et animée par Joseph Pasteur puis par Alain Jérôme.
Le concept est novateur pour l'époque : un film est d'abord diffusé et des invités en plateau sont ensuite invités à réagir.
Durant plus de dix ans, tous les grands problèmes de société sont passés au crible, d'abord sur la 2éme chaîne de l'ORTF puis sur Antenne 2.


La nouvelle vague déferle sur grand écran

A l'initiative de la nouvelle vague (référence aux critiques dont Jean-Luc Godard et François Truffaut qui dénoncent la stagnation du cinéma français ainsi qu'à une nouvelle technique cinématographique qui introduit les variations de vitesse, les fausses coupes et les plans très longs), la loi du cinéma narratif classique est largement transgressée. Le 7éme art est en pleine mutation.

Agnès Varda s'offre " Cléo de 5 à 7 ", les Jets et les Sharks s'affrontent dans " West side story " de Robert Wise tandis que l'héroïne de BD, "Barbarella" arrive sur le grand écran sous les traits de Jane Fonda ; une adaptation de Roger Vadim qui avait déjà scandalisé en représentant Brigitte Bardot dans l'attitude de " La source " d'Ingres sur l'affiche de son film " La Bride sur le cou " (l'affiche sera d'ailleurs interdite).

En 1960, "La Dolce Vita" de Federico Fellini, récompensé par la Palme d'Or au Festival de Cannes, est condamné par le Vatican et hué par le public cannois.
Aujourd'hui, la scène où Anita Ekberg se baigne dans la fontaine de Trevi, l'une des plus célèbres du cinéma, ne choque plus personne.


Une décennie politique pavée d'embûches

En politique, l'évolution des moeurs et les revirements sont progressifs.

En 1960 un jeune sénateur démocrate du Massachusetts, un certain John Fitzgerald Kennedy est élu président des Etats-Unis aux dépends de Richard Nixon.
Deux ans plus tard, Marilyn Monroe, vêtue d'une robe-fourreau en gaze de soie rose, parsemée de strass lance au chef d'état le désormais célèbre "Happy Birthday Mister President".

Le cosmonaute soviétique, Youri Gagarine a, lui, déjà effectué le premier vol dans l'espace en 1961.
La même année, le mur de Berlin est érigé séparant la partie sous contrôle soviétique de celle contrôlée par les Américains.

En 1962, le général de Gaulle échappe à l'attentat du Petit Clamart, perpétré par l'Organisation de l'Armée Secrète, qui s'oppose à l'indépendance de l'Algérie.
Dans la foulée, le général de Gaulle propose aux Français, qui l'acceptent, l'élection du président de la République au suffrage universel.

Un an plus tard, John Fitzgerald Kennedy est, lui, assassiné à Dallas dans des conditions obscures à l'arrière de sa Cadillac. La même année, devant 250.000 personnes réunies à Washington, Martin Luther King (qui sera tué en 1968) fait un rêve, celui d'une Amérique fraternelle où Blancs et Noirs se retrouveraient unis et libres.

En France, " le deuxième sexe ", une terminologie que l'on doit à Simone de Beauvoir qui donne ainsi une nouvelle impulsion au féminisme, poursuit sur le chemin de l'émancipation.
Il cherche à s'imposer dans la vie sociale, culturelle et politique.
Parmi les grandes victoires de la décennie, les féministes se targuent du vote de la loi Neuwirth sur la contraception en 1967.
L'année suivante, les barricades sont érigées dans Paris ; la révolte étudiante est en marche. L'arrivée de Georges Pompidou jette un pavé dans la mare des gauchistes.

Caroline LEBENBOJM