Mike Brant, le destin brisé

Mike Brant est mort il y a trente-cinq ans cette année. A cette occasion, le journaliste Alain-Guy Aknin raconte dans son livre Le chant du désespoir la trajectoire du chanteur, depuis son enfance en Israël jusqu'à son suicide le 25 avril 1975 à Paris

Mike Brant : Le chant du désespoir © EMI

"L’habitude du désespoir est plus terrible que le désespoir lui-même". Ce sont ces mots d’Albert Camus qui introduisent le livre d’Alain-Guy Aknin, le premier journaliste français à avoir interviewé Mike Brant à son arrivée à Paris en 1969. Le chanteur de Laisse-moi t’aimer ou de Rien qu’une larme, généralement flamboyant sur scène cachait un homme totalement tourmenté, désemparé parfois par son succès. Un artiste qui pestait quand les jeunes filles hurlaient pendant ses concerts, ou lui jetaient leurs sous-vêtements.
A la différence de Claude François, rappelle Alain-Guy Aknin, Brant ne voulait pas qu’on le considère comme un sex-symbol, mais comme un chanteur, simplement un chanteur.


Marqué par l’horreur

Impossible de dissocier Mike Brant des tortures physiques et psychologiques vécues par ses parents polonais. Sa mère, née à Lodz a été déportée dans le camp d’Auschwitz. Son père, lui, n’a pas été déporté, mais il a combattu l’ennemi avec la résistance polonaise. La période historique est d’ailleurs un peu trop survolée par Aknin, ce qui est dommage même si le livre n’est pas un livre d’histoire. Il n’en reste pas moins que Mike Brant, né Moshé Brand à Chypre en février 1947 restera profondément marqué par les événements vécus par ses parents. L’ambiance familiale sera souvent plombée par les non-dits de l’horreur nazie.


Une rencontre décisive

Mike Brant est mort depuis 35 ans, mais il a encore de nombreux admirateurs. Et Alain-Guy Aknin en fait partie. Impossible d’ignorer après avoir lu son livre que Mike Brant est beau, qu’il a de grands yeux clairs et qu’il a une voix superbe. Enfant espiègle, qui n’a pas prononcé un mot jusqu’à ses 4 ans, le petit Moshé est passionné de musique, et il chante dans les synagogues, puis dans les bar-mitsvas. Son groupe, les Chocolate’s devient  the Sky-Masters. Lors du nouvel an 1963. Mike Brant est beau, donc, et ses succès féminins sont nombreux, personne n’en doute, bien sur, mais on aurait aimé qu’ Alain-Guy Aknin donne davantage de précisions non pas sur ces aspects extérieurs, mais sur la façon dont il a été découvert, sur ce fameux concert à Téhéran, et sur cette rencontre avec Carlos qui sera sans doute le tournant sinon de sa carrière en tout cas de son avenir en France.


Premiers succès en France

En 1969, Mike Brant arrive en France, sur proposition de Carlos. Celui qui deviendra un chanteur à succès est alors le secrétaire de Sylvie Vartan, il tient aussi le Bistingo, en compagnie d’Hubert, notre camarade de Nostalgie, alors animateur d'Europe 1. Brant y interprète des classiques du jazz, mais là encore les spectateurs, occupés à dîner, ne l’écoutent que d’une oreille. Ce n’est pas supportable pour Mike Brant qui envisage de retourner en Israël. Carlos, qui se sent responsable de sa venue à Paris appelle l’un de ses amis, le compositeur Jean Renard. La collaboration sera fructueuse, avec pour commencer ce qui reste peut-être le tube ultime de Mike Brant, Laisse-moi t’aimer. Une chanson que Mike Brant, qui ne parle pas encore français interprète phonétiquement, sans comprendre les paroles. L’arrivée en France et la période qui suit est sans doute le passage le plus intéressant du livre, le plus documenté, sans doute celui pour lequel Alain-Guy Aknin s’est le plus documenté. L’auteur n’oublie jamais de rappeler la fragilité psychologique du chanteur. Mike Brant multiplie les succès, il dépasse Claude François dans les ventes de disques. Mais ce bonheur apparent cache une anxiété incessante, et une lassitude grandissante au fur et à mesure que passent les concerts. Cette fragilité, selon Aknin, causera la perte du chanteur.


Une fragilité exacerbée, un suicide inexpliqué

Mike Brant tente de se suicider une première fois en novembre 1974, en se jetant du cinquième étage  de l’Hôtel de la paix à Genève. Il s’en sort avec une jambe brisée. Mais il récidive moins de six mois plus tard, le 25 avril 1975, à Paris cette fois, rue Erlanger dans le XVIè arrondissement. Mike Brant saute du sixième étage, depuis l’appartement de son amie Jeanne Cacchi. Des deux tentatives racontées par Alain-Guy Aknin, c’est la première qui est la plus détaillée, pas sur le saut lui-même, mais plutôt sur les raisons de cette tentative. Et notamment la question de la drogue, du LSD, qui parmi d’autres effets incite à se prendre pour un oiseau. Aknin donne le témoignage d’Hubert Baumann, l’accompagnateur de longue date de Mike Brant. Baumann déclare avoir été témoin de trois overdoses, ce que personne, avant lui, n’avait jamais dit clairement. Concernant son suicide rue Erlanger, les versions sont nombreuses, celle du LSD existe, mais aussi celles plus rocambolesques de participation à un trafic d’œuvres d’art, ou encore plus obscure, une histoire d’espionnage avec le Mossad. Curieusement aucune autopsie du corps n’a été faite, accroissant les rumeurs autour de la mort du chanteur. Le livre d’Alain Guy Aknin n’éclaircit pas davantage les zones d’ombre, mais rappelle à quel point, pour ses fans, Mike Brant reste une légende bien vivante.

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"Le chant du désespoir"
Alain-Guy Aknin
Editions  Alphée
19,90 €
221 pages

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