Les musiques de légende

« Une petite flamme placée sous l'écran pour l'aider à s'embraser »… C’est par ces termes que le compositeur, Aaron Copland se plaît à définir les musiques de films. Certaines d’entre elles deviennent cultes, du thème lancinant du « Professionnel », au saisissant « Paris brûle t’il ? », en passant par les musiques chorales de « West side story ». Derrière ces chef-d’œuvres, d’Ennio Morricone, Maurice Jarre ou Leonard Berstein, des musiciens au summum de leur (7éme) art.

Grease nostalgie
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Les débuts de la musique de film

Longtemps il ne fut pas besoin de tendre l’oreille : la musique de film restait la grande absente des productions cinématographiques. C’est le succès du « Chanteur de Jazz » (1927) d’Alan Crosland, le premier film parlant,  qui familiarisa le public avec cette démarche encore marginale.

Il faudra attendre la savante rencontre entre compositeurs inspirés et réalisateurs audacieux pour que la musique de film tienne réellement le second rôle.

Peu à peu, l’industrie cinématographique va diversifier ses illustrations sonores grâce à des réalisateurs tels qu’Alfred Hitchcock introduisant avec « Chantage» (1929) une musique de fond ou que René Clair signant un an plus tard « Sous les toits de Paris » où se mêle cinéma chantant, muet et musique de fosse.

Ces œuvres hybrides vont être source d’inspiration dans les années 1930 ; leur héritage est déjà présent dans « Les lumières de la ville» de Charlie Chaplin (1931) ou « Symphony of six millions » de Gregory La Cava (1932). Un phénomène sans doute accéléré par l’utilisation de bandes musicales dans le cinéma américain, alors hégémonique.

A partir des années 1960, la perception du rapport spécifique qu’entretient la musique avec le film évolue. Les bandes originales de films élargissent leur champ vers une musique plus contemporaine. Du Jazz, à la pop, les genres se mélangent et une nouvelle génération de compositeurs arrive.

Parmi le florilège de bandes originales, retour sur les musiques de films les plus réussies. Du « Professionnel » à « Paris brûle t’il ? », connaît-on vraiment la chanson ?

Musique de films : toute une saga


A chaque nouvel opus de la série des James Bond correspond sa musique. Une musique qui confère un style, humanise ou rend plus viril le personnage, bref un « habillage » sonore nécessaire.  

Quand Shirley Bassey chante à la gloire de « Mr. Goldfinger » (1964), cela donne une des bandes originales les plus légendaires. Sean Connery dans la peau de James Bond, c’est déjà enthousiasment mais avec le thème de John Bary, c’est encore mieux. L’artiste est d’ailleurs la seule à avoir chanté trois épisodes de James Bond, prêtant sa voix sur « Les diamants sont éternels » (1971) et « Moonraker » (1979).

Difficile de prendre la relève mais Nancy Sinatra se plie à l’exercice avec brio dans « On ne vit que deux fois » (1967). Ecrit par Leslie Bricusse, le morceau navigue en eaux troubles, voire dans le rouge sang, avec ce nouveau générique bouillonnant.

Entre silhouettes féminines,  pistolets et jetons de casinos, le grand maître du jazz, Louis Armstrong se livre à un jeu dangereux, celui du générique purement instrumental, avec le thème « We Have All The Time In The World » dans « Au service secret de sa majesté » (1969).
Tandis que quatre ans plus tard dans une atmosphère brûlante, aux couleurs chaudes,  c’est au tour de Paul McCartney et des Wings d’enflammer le thème de « Vivre et laisser mourir » (1973). Un thème qui marque l’hexagone puisque le générique est repris, des années durant, pour l’émission politique d’Antenne 2, « L’heure de vérité ».

Le thème de chaque film sur James Bond devient le passage obligé des plus grandes chanteuses. Preuve en est : « Goldeneye » (1995) chantée par Tina Turner et écrit par le groupe U2 . Le clip diffusé sur les chaînes musicales, où l’on voit l’artiste en robe moulante argentée, est un tel succès qu’on en oublie presque le film dont il est extrait.

Reste le « James Bond theme », récurrent à tous les volets. Composé par Monty Norman,  il est réorchestré pou la première fois par John Barry en 1972, à l’occasion du volet « James Bond 007 contre Dr. No ».

Autre monument musical, dont le thème d’ouverture est devenu aussi culte que le film qu’il annonce, celui du générique de l'épopée Star Wars. C'est en 1977 que les téléspectateurs découvrent sur grand écran la symphonie composée par John Williams.
Également célèbre, "La marche impériale" : Leitmotiv de l’Empire du mal et de Dark Vador, cette symphonie orchestrée par John Williams donne un relief certain au résumé d’ouverture.

« Fais quelque chose dans le style de Wagner ! », fut la première consigne de George Lucas à John Williams. C’est chose faite avec cette musique à la couleur orchestrale particulière, reprise tout au long de la saga sous des formes différentes mais toujours efficaces.


Les comédies musicales


Jacques Demy à la caméra et Michel Legrand à la composition : c’est un rituel pour les deux hommes. Le compositeur a signé la bande originale des plus grands films de son compère, des « Parapluies de Cherbourg » (1964 ) au « Demoiselles de Rochefort » (1967).

Entre nombreux entrechats, partitions jazz et chansons aériennes, Michel Legrand réinvente la comédie musicale populaire. Rouge, bleu, vert, c’est un florilège de couleurs dès le générique des « Parapluies de Cherboug », le tout chorégraphié sur la musique lancinante et poétique du fin compositeur.

Des musiques entraînantes, des pas de danses survoltés : Outre Atlantique, les comédies musicales remportent également l’adhésion du public. Maître de la piste de danse, John Travolta fait ses premiers échauffements sur  « Staying alive » (1977) des Bee-gees , avant de devenir chanteur aux côtés d’Olivia Newton John dans l’électrisant « Grease » (1978).

Du chassé croisé sur « You’re the one that I want » à la ballade sucrée de « Summer Lovin’ », tout, dans ce lycée américain, rappelle l’imaginaire américains des années 1960 de par ses ballades pop américaines.  

Si John Travolta s’impose comme la coqueluche des « teenagers » américains, les garçons penchent quant à eux pour Marilyn Monroe . Vêtue de sa robe moulante, l’icône hollywoodienne interprète dans la comédie musicale « Certains l’aiment chaud » (1959), une douzaine de chansons, toutes plus cultes les unes que les autres : « I’m through with love », « I wanna be loved by you », « ou « Some like it hot ». Voix suave, mélodies jazz, Marilyn fait de la musique l’autre étoile du film.

Dans une tout autre veine, le « Funny, did you heart that ?…” de Barbara Streisand dans “Funny Girl” (1968) fit dans les années 1960 tout aussi parler de lui.
Du mélancolique « Yentl » (1983), au festif  « Hello Dolly » (1969), la chanteuse marie hymnes à la vie, à l’amour, des thèmes qui ne se contentent plus d’accompagner l’image mais la fond décidément « vivre ».

Enfin, le grand Leonard Bernstein, le génie qui se cache derrière la comédie musicale « West side story » (1962). A travers une partition colorée et admirablement orchestrée, le compositeur se livre à un melting-pot de styles, entre rythmes sud-américains, jazz, auquel s’ajoutent des références à Wagner ou à Beethoven.
Par l’intermédiaire de ses morceaux devenus incontournables, dont le célèbre « Maria », ce Roméo et Juliette moderne se fait le miroir de la société américaine.

Les iconoclastes


Ce film de David Leane, « Le pont de la rivière Kwaï » (1957) contient l’une des bandes originales les plus célèbres.  
Qui n’a pas entonné ou gardé en mémoire les sifflements de ces prisonniers ? Adaptation de la « Marche du Colonel Bogey » et du thème composée par Kenneth J. Alford, le film décroche en 1958 l’Oscar de la meilleure musique de film.

Connu en français sous le nom de « Hello, le soleil brille », cette partition s’éloigne dorénavant des traditionnelles orchestrations symphoniques pour se diriger vers une partition des plus minimalistes.

Mais parfois peu d’instruments suffit pour tenir en haleine le spectateur. L’harmonica de Charles Bronson dans « Il était une fois dans l’Ouest » (1969) résonne encore dans l’imaginaire collectif. Ennio Morricone réussit dans ce film une parfaite orchestration des bruits sonores, du grincement du moulin, au sifflement d’une mouche, en passant par le bruit du sang tombant sur le plancher.

Puis le train arrive, les sons se taisent, et les premières notes de l’harmonica se font entendre. Seulement trois accords pour cette musique devenue incontournable.

Quand Eric Serra rencontre Luc Besson , cela donne « Léon » (1994) et surtout « Le grand bleu » (1988). A travers cette immersion musicale, que personne n’a pu oublier, dans les profondeurs aquatiques, le compositeur signe l’un de ses plus grand succès. Près de trois millions de copies, un César et une Victoire de la musique, pour une bande originale des plus abyssales.


La musique au service de l’action


"Les scènes fortes, celles dont vous vous souvenez, ne sont jamais des scènes où les gens se parlent, ce sont presque toujours des scènes de musique et d'images" disait Stanley Kubrick. « 2001, l’odyssée de l’espace » (1968) en est l’illustration la plus parfaite, dans ce film où la musique, « Le beau Danube bleu », et les images, forment ensemble l’un des spectacles chorégraphiques les plus captivants.

Autre scène mythique, celle de Jean Paul Belmondo dans « Le Professionnel » (1981) s’avançant d’un pas assuré vers l’hélicoptère : tout se joue à quelques minutes près. L’acteur se prend la balle, et désormais, étendu par terre, regarde l’hélicoptère partir. Soudain, la musique reprend…une musique lancinante née du génie d’Ennio Morricone.

La musique réussit alors ce coup de force de se fondre avec le visuel, comme l’explique si souvent le compositeur pour qui « la musique de film doit raconter tout ce que l’image ne montre pas, ce que l’on ne peut dire avec les mots ».

Et qui mieux que Nicole Croisille et ses « Chabadaba » exprime ce qui ne peut être représenté ? Entre ruptures et retrouvailles, Claude Lelouch raconte une histoire universelle, celle de « Un homme et une femme » (1966). Lui, prenant sa voiture jusqu’à la plage de Deauville, elle, courant vers lui, et une musique qui transporta des millions de spectateurs…

Derrières les notes, des hommes inspirés. Du très emporté " Paris brûle t’il ?“ (1966) à l’épique « Lawrence d’Arabie » (1963), Maurice Jarre marie lui classicisme et instruments atypiques tels que la flûte slovaque fugara. Il signe quelques unes des plus grandes bandes originales du « Président » (1961) d’Henri Verneuil à « Jésus de Nazareth » (1976) de Franco Zeffirelli.


Pas de perte de vitesse donc, pas d’essoufflement pour la bande originale du 7ème art. Sur des rythmes haletants, en perpétuelle évolution, en constante recherche d’innovation, les réalisateurs jouent aux apprentis sorciers : le mélange de l’image et de la musique, un résultat tantôt déroutant, tantôt enthousiasmant et aux fortunes assez diverses.