Serge Gainsbourg: le précurseur amoureux

Serge Gainsbourg fût un éternel amoureux des femmes. Sa vie sentimentale sulfureuse transparaissait d’ailleurs dans ses textes et lui ont sans doute permis de devenir l’un des meilleurs artistes français de sa génération. Mais avant de rencontrer la notoriété, Gainsbourg connut le rejet des professionnels et du public. Le biopic « Gainsbourg (vie héroïque) », réalisé par le dessinateur Joann Sfar, est l'occasion de revenir sur ses amours et le génie de sa carrière….

Serge Gainsbourg: le précurseur amoureux Nostalgie
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LE TORTURE D'AMOUR


Gainsbourg et les femmes


Les femmes furent une des plus grandes sources d’inspiration deSerge Gainsbourg. Rien n’était suffisant à l’artiste pour crier son exaltation à la gente féminine : En parler, « Les petites je les saute, les grandes je les grimpe » ou encore les chanter, « les femmes c’est du chinois »….

Alors Gainsbourg s’est inspiré des femmes et de certaines artistes pour écrire des textes. C’est comme ça que Juliette Gréco est devenue l’interprète de « La javanaise », que Petula Clark présenta, entre autre, « La gadoue » et que Françoise Hardy fût conquise par « Comment te dire adieu ».

La jeune chanteuse France Gall a aussi goûté aux textes de Serge Gainsbourg avec « Bloody Jack », « Poupée de cire…poupée de son » et « Les sucettes »...

Catherine Deneuve
, Isabelle Adjani, Vanessa Paradis et bien d’autres, ont aussi laissé Serge Gainsbourg s’insérer dans leur vie d’artiste et dépeindre son admiration dans des textes et des compositions.


Gainsbourg et ses femmes

Compositeur et parolier, Gainsbourg a contribué au succès de toutes ces chanteuses mais Serge Gainsbourg fût aussi un éternel sentimental rêvant d’un amour absolu.


Je t’aime….

La première à apprivoiser le jeune chanteur se nomme Brigitte Bardot. Leur amour passionnel ne dura que quelques mois.
Serge Gainsbourg proposa alors à Brigitte Bardot d’interpréter les titres qu’il composait et écrivait, inspiré par sa muse.

« Contact », « Harley Davidson », « Bonnie and Clyde » en duo avec Serge Gainsbourg, « Je t’aime…moi non plus », tous ces titres ont permis à l’actrice de se lancer dans la chanson.


Moi non plus…

Serge Gainsbourg tourmenté par le passage furtif de la jolie blonde dans sa vie, composa et écrivit le titre « Initials B.B. », après la rupture des deux amants.  « Initials B.B. » est aussi le titre de l’album avec le morceau « Bonnie and Clyde », interprété parBrigitte Bardot et Serge Gainsbourg, inclut dans l’opus.
 

Comment te dire adieu

Au début des années 70, Serge Gainsbourg tomba complètement amoureux de Jane Birkin, une jeune comédienne anglaise, qui lui inspira une série de concept-albums tels que « Histoire de Melody Nelson », consacrés à son admiration pour sa nouvelle muse. La presse qualifia cet opus de « premier poème symphonique de l'âge pop ».

Mais Serge Gainsbourg permit aussi à Jane Birkin de s’introduire dans la musique avec des titres comme « 69 année érotique », « Di-Doo-Dah », « La ballade de Johnny Jane » et à travers trois albums dont « Ex-fan des sixties ».

Une passion amoureuse et musicale partagée pendant plus de dix ans, avec la naissance de leur fille, Charlotte Gainsbourg. Mais Jane Birkin quitta Serge Gainsbourg au début des années 80, lassée de ses excès. Gainsbourg a fait place à Gainsbarre. L’alcool et le désespoir se sont installés dans la vie de l’artiste.


Sea, sex and sun


Une année plus tard, Gainsbarre rencontre sa nouvelle muse, Bambou, une jeune eurasienne de vingt et un ans, avec qui il restera jusqu'à la fin de sa vie, soit une dizaine d’années.

D'après Alain Chamfort, « Gainsbourg était fasciné par le fait que Bambou était junkie. Une sorte de curiosité malsaine, parce qu'elle osait aller jusqu'au bout de cette logique autodestructrice qui était aussi la sienne… Il disait avec une sorte de détachement : ‘Ouais, la petite, elle exagère, j'ai encore retrouvé des seringues dans la salle de bains !’ »

Toutes les femmes qui ont marqué sa vie amoureuse, ont rencontré en la personne de Serge Gainsbourg, un ami, un amant, un Pygmalion. Entre joie et désespoir, la vie sentimentale de l’homme à la tête de chou, a inspiré ses textes, ses mélodies, sa vie.
   

ET LE CHANTEUR TORTURÉ….

Avant de commencer sa carrière musicale, Lucien Ginsburg - de son vrai nom - avait décidé d’écrire des chansons, suite à la découverte des textes provocateurs et vulgaires de Boris Vian. La prose de l’auteur avait déclenché un déclic chez le chanteur.

Mais lorsque Serge Gainsbourg s’engagea plus loin que l’écriture de titres provocants en proposant une musique avant-gardiste rejetée par le public, son maître spirituel lui montra qu’il ne devait pas s’arrêter pour autant.

Boris Vian livra dans le Canard Enchaîné, en 1958 : « Allez, lecteurs ou auditeurs toujours prêts à brailler CONTRE, contre les fausses chansons et les faux de la chanson, tirez deux sacs de vos fouilles et raquez au disquaire en lui demandant le Philips B 76447 B (...) C'est le premier 25 cm 33 tours d'un drôle d'individu nommé Gainsbourg Serge (...) En ce qui me concerne j'espère que ce ne sera pas le dernier. En ce qui vous concerne, c'est vous qui pouvez faire que ce ne soit pas le dernier. (...) Vous viendrez me dire que ce garçon est un sceptique, qu'il a tort de voir les choses en noir, que ce n'est pas "constructif"... (si, si, vous dites des choses comme ça). A quoi je répondrais qu'un sceptique qui construit des paroles et des musiques comme ça, faudrait peut-être y regarder à deux fois avant de le classer parmi les désenchantés de la nouvelle vague... ».


Un précurseur des genres

Et Boris Vian aura raison. Longtemps incompris, Serge Gainsbourg ne surfa pas sur la vague et proposa des styles musicaux nouveaux en France. Il aborda le rap avec « You’re under arrest », la musique afro-cubaine avec l’opus « Gainsbourg percussions », le jazz dans « Du jazz dans le ravin », ou encore le rock progressif avec « Histoire de Melody Nelson »…

A cette époque, son style détonne, les textes sont d’une grande maturité, et même si Serge Gainsbourg ne vend pas énormément d’albums, les intellectuels et les artistes du moment le soutiennent.

Serge Gainsbourg offre alors au public français une alternative explosive aux commodités musicales et aux bonnes manières de l’époque : de nouveaux horizons musicaux métissés à la variété française, des textes vulgaires qui abordent le sexe crûment…

Sa version reggae de la marseillaise, « Aux armes et cætera » provoqua, en 1979, la colère des gens mais aussi un réel émerveillement.

Serge Gainsbourg
livra aussi des textes érotiques très explicites : « 69, année érotique », « Sea sex and Sun » (1978), ou encore « Love on the boat » (1984) où il utilisait les gémissements de sa compagne pour faire les chœurs.

A noter également la chanson « Lemon incest » en 1985, sur le sujet de l’inceste, en duo avec sa propre fille Charlotte Gainsbourg.

Aussi réalisateur de longs-métrages, Serge Gainsbourg proposa des films sur l’inceste, la pédophilie, l’exhibitionnisme et l’homosexualité dans « Je t’aime moi non plus » (1976), « Equateur » (1983), « Charlotte for ever » (1986) et « Stan the flasher » (1990).

Serge Gainsbourg ne semblait avoir aucun tabou lorsqu’il écrivait et qu’il chantait, désinhibant les langues et révolutionnant la chanson française.


Je suis venu te dire que je m’en vais …

Serge Gainsbourg, le poète maudit de la chanson française, aurait pu écrire des textes épiques et aborder la chanson française dans sa plus simple tenue mais sa vulgarité et sa rébellion furent des attraits propres à l’homme qu’il était.

Décédé en mars 1991, Serge Gainsbourg continue d’inspirer de nombreux artistes. Le chanteur a ainsi laissé la voie ouverte à toutes les libertés parolières et musicales.

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