Comédies musicales américaines (Les)

Se laisser emporter dans le tourbillon du " Bal des sirènes " avec Esther Williams, succomber à la blonde fatale, Ginger Rogers, et au blond platine, Fred Astaire, en dansant la " Carioca ", au détour d'un poteau " Chantez sous la pluie " avec Gene Kelly, apparaître tel un requin dans l'univers des Sharks et des Jets de " West side story ", s'arracher les cheveux à la vue de " Hair " et de ses Hippies...

Aucun doute, la comédie musicale américaine ça se chante et ça se danse comme une chanson populaire qui n'a pour autre vocation, par définition, que de divertir.

Reste que, si à son lancement dans les années 30, la comédie musicale se contente de célébrer l' " american way of life ", à l'orée des années 60 elle se politise.


" Chantons sous la pluie " avec un " Carioca "

Au commencement il y eu " Le chanteur de jazz " d'Alan Crosland avec Al Jolson. Sorti en 1927, il est communément considéré comme le premier film parlant.

Et justement pour retracer les débuts pour le moins laborieux du film parlant quoi de mieux, une fois cité " Le magicien d'Oz " de Victor Fleming avec l'inoubliable Dorothée jouée par Judy Garland en 1939, que " Chantons sous la pluie ", réalisé par Gene Kelly et son comparse Stanley Donen.

Ils imaginent le début du cinéma parlant. La transition s'annonce ardue pour Lina Lamont (incarnée par Jean Hagen). Ravissante actrice vedette, elle n'en possède pas moins une voix de crécelle. Pour éviter le désastre, un producteur à l'idée de transformer le film en comédie musicale et de solliciter Kelly Selden (jouée par Debbie Reynolds). Actrice en devenir, elle va doubler la voix de Lina et tomber amoureuse de Don Lockwood (le personnage de Gene Kelly).

La comédie musicale, qui allie l'humour et la qualité d'interprétation, est la première à innover. Les protagonistes ne sont plus simplement des danseurs, ils deviennent des interprètes à part entière. A la qualité d'interprétation s'ajoute l'humour. Les chorégraphies se veulent, elles, créatives et fantasques.

De l'athlétisme de Gene Kelly à l'élégance de Fred Astaire, il ne fallait qu'un pas de danse. Fred Astaire (dont Gene Kelly, lui-même, affirme qu'il est le Cary Grant de la danse et lui le Marlon Brando), démontre également un réel don pour l'interprétation en particulier dans " Carioca " en 1933. Le film de Thornton Freeland, qui relate l'histoire d'un homme amoureux transi d'une femme qui lui préfère son ami, lance sa carrière ainsi que celle de sa partenaire, Ginger Rogers, qui ne parviendra jamais à se départir de son duo avec Fred Astaire.


" West side story " se joue au " Cabaret "

Si jusqu'au années 50 la comédie musicale consacre les acteurs, les décennies qui suivent témoignent d'une profonde mutation du genre.

Les interprètes sont d'abord des acteurs avant d'être des chanteurs ou des danseurs. Plus significatif encore, les sujets des comédies musicales se font moins légers. Ils s'ancrent dans la réalité. Problématiques sociétales, politiques ou encore culturels...tout y passe.

Parmi les premières comédies musicales qui témoignent de ces changements, " West side story " qui sort en 1961.

Réalisé par Jerome Robbins et Robert Wise, la comédie musicale s'intéresse aux minorités. Le scénario met en lumière deux gangs rivaux, les Jets et les Sharks dans le New-York des années 50. Tony, incarné par Richard Breymer, et Maria, jouée par Nathalie Wood, qui appartiennent à l'un des belligérants, vivent une histoire d'amour rendue impossible par le clivage imposé par leur clan.

" West side story ", adaptation contemporaine du classique de " Roméo et Juliette " de William Shakespeare, apparaît comme une satire de la société américaine, certes terre d'exil, mais qui renvoie dos à dos ses minorités ethniques qui se cherchent sous l'ère d'Harry Truman puis de Dwight Eisenhower. Les chorégraphies, la musique deLeonard Bernstein et les chansons, dont la plus célèbre demeure " Maria ", apparaissent en parfaite symbiose avec l'époque, décidemment il n'existe plus aucun antagonisme entre la comédie musicale et son époque.

La comédie musicale rafle dix Oscars, dont celui du meilleur film et du meilleur acteur dans un second rôle pour George Chakiris.

Autre monument de la comédie musicale qui se mue en témoin de l'histoire, " Cabaret " de Bob Fosse. L'Amérique n'hésite pas a se retourner sur un passé pénible, dont elle sort victorieuse, celui de la République allemande de la Weimar.

Nous sommes au début des années 30 à Berlin, la ville d'Europe alors la plus prisée pour sa culture ou encore ses moeurs. Sally Bowles, interprétée par une enfant de la balle Liza Minnelli (la fille de Judy Garland), est une chanteuse américaine qui se produit au Kit Kat Club, un cabaret en vue, et vit une histoire d'amour avec Brian Roberts, un écrivain, lui aussi américain.

Sorti en 1972, le film, qui s'interroge sur les raisons qui ont fait basculer l'Allemagne dans le régime hitlérien naissant, est couronné par huit Oscars. Liza Minnelli est sacrée meilleure actrice et Bob Fosse meilleur metteur en scène notamment.

Chorégraphies, chansons et mise en scène s'inspirent de la comédie musicale éponyme de John Kander et Fred Ebb, montée à Broadway, qui elle-même se base sur la pièce " I am a camera " de l'anglais John Van Truten et du roman " Adieu à Berlin " d'un autre anglais, Christopher Isherwood.


Un " Hair " de " Grease "

Retour à une certaine légèreté avec l'adaptation cinématographique de la comédie musicale écrite par Jim Jacobs et Warren Casey, " Grease " ou " Gel " dans sa version originale. Réalisé par Randal Kleiser en 1978, le film révèle un talentueux danseur, John Travolta apparu un an plus tôt dans " La fièvre du samedi soir ".
Son personnage, Danny Zuko, est le caid des T-Birds. Il entretient un amour de vacances avec Sandy Olson, interprétée par Olivia Newton-John. Tous deux se retrouvent finalement au lycée Rydell, la rentrée venue.

Bâtie sur le thème de la sous culture des années 50 dans les lycées américains, la comédie musicale est suivie de " Grease 2 " qui ne connaît pas le même succès populaire.

Popularisé en littérature par la Beat Generation, avec à leur tête Jack Kerouac, Allen Ginsberg ou encore William Burroughs, les Hippies partent eux aussi " Sur la route " du 7éme art sous l'impulsion de Milos Forman qui sort en 1979 son hymne, " Hair ".

Témoin du mouvement hippie, il est aussi un pamphlet contre la guerre du Vietnam. Adapté de la comédie musicale éponyme de Gerome Ragni et James Rado, pour les paroles et de Galt Mac Dermot pour la musique, le film musical retrace l'itinéraire de Claude Bukowski. Jeune fermier désireux de croquer lui aussi dans la grosse pomme avant de partir pour le Vietnam, il se lie d'amitié avec un groupe de hippie. Une rencontre qui modifie profondément sa vie.

Face au succès remporté par la comédie musicale, " Hair " est adapté à Paris en 1969. Première comédie musicale américaine traduite en Français, elle révèle un jeune chanteur, un certain Julien Clerc. Il n'hésite pas à se produire nu sur la scène du théâtre de la Porte Saint Martin provoquant le courroux de l'Armée du Salut venue dans la salle pour interrompre le spectacle. Le scandale sert la pièce. Dans les colonnes du " New-York Times " on peut lire " la version française est sans doute la meilleure, la plus hippie et la plus festive ".

Près de quarante ans plus tard, la comédie musicale séduit toujours. Woody Allen se plait à dire " Tout le monde dit I love you " à Julia Roberts ou encore Edwards Norton en 1996, quatre ans plus tard, c'est Lars Von Trier qui s'offre un tour de piste avec son " Dancer in the dark " tandis que Baz Luhrmann revisite le " Moulin rouge " aux côtés de Nicole Kidman mais également d'Ewan Mc Gregor en 2001.

Des réalisateurs qui défendent traditionnellement un cinéma d'auteurs et des acteurs qui s'illustrent dans des films populaires, mais qui à l'unisson chantent et dansent la nostalgie de la comédie musicale d'antan.


Caroline LEBENBOJM