Playboy

... Et Hugh Hefner créa " Playboy "... Rédacteur pour " Esquire ", magazine demeuré célèbre pour ses illustrations de Pin-up et autres Vargas girl dans les années 40, Hugh Hefner a révolutionné l'Amérique en lançant, en 1953, " Playboy ", un mensuel érotique, esthétique et de qualité dans lequel les photos de Marylin Monroe, Jane Mansfield ou encore Brigitte Bardot, posant nues, succèdent aux interviews de Jean-Paul Sartre ou Salvador Dali.

Playboy 1 nostalgie
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Playboy : le coup du lapin

Nous somme en 1953, Hugh Hefner, qui vient de quitter " Children's activities ", un magazine pour enfants, entend lancer son propre journal.
Après plusieurs tentatives infructueuses, dans une Amérique plongée dans l'obscurantisme du McCarthysme qui draine derrière lui une atmosphère de suspicion et de délation, Hugh Hefner veut cette fois réussir son pari : " créer un magazine pour distraire l'homme de la ville, une revue gaie et intelligente.
Les photos de filles permettraient le démarrage initial mais avec la qualité ensuite ", comme il l'explique lui-même...
Une gageure alors que les magazines masculins de l'époque sont vendus sous le manteau !

Avec l'appui de son ami, Eldon Sellers, le projet prend forme. Hugh Hefner rachète pour 500 dollars à Chicago les droits de publication de photos réalisées en 1949 par le photographe, Tom Kelley.

Des clichés représentant une starlette, alors en quête de reconnaissance, une certaine Marylin Monroe. Evidemment entre temps, la starlette est devenue Marylin... La Une du magazine a tout pour être alléchante !
Dans un souci d'économie, les articles choisis sont des écrits tombés dans le domaine public.
Et puis, il faut naturellement un titre.

" Stag Party " est d'abord avancé, mais pour des questions de droits (un magazine baptisé " Stag " était déjà distribué), c'est finalement " Playboy " qui est retenu.

Le désormais légendaire Bunny (lapin en français), qui continue de symboliser " Playboy ", porte la patte d'Art Paul, le maquettiste du journal.
" Playboy " peut sortir avec cette mise en garde d'Hugh Hefner : " Que ce soit clair : nous ne sommes pas un magazine familial. Soeur, épouse ou belle-mère, si vous avez ouvert ce journal par hasard, je vous en prie, rendez le à l'homme de votre vie "...


La Playmate s'expose


Ce premier numéro, sur lequel la date de parution ne figure pas (Hugh Hefner craignait en effet de ne pas être en mesure d'en sortir d'autres), est un franc succès.
Vendu à 50 cents, il s'écoule à plus de 50.000 exemplaires.
Le second numéro, qui est une réussite plus grande encore, sort en janvier 1954. C'est l'occasion de découvrir, pour la première fois, la fameuse Playmate tantôt innocente ou provocante et lisse ou sculpturale. D'abord choisis dans un catalogue photos, Hugh Hefner s'en remet par la suite à des modèles professionnels, comme Betty Page en 1955.

Il bâtira autour de ces Playmates une véritable légende, notamment en inventant des histoires montées de toutes pièces pour expliquer comment elles ont été découvertes.

Parmi les célèbres Playmates, qui pour certaines ont vu avec " Playboy " leur carrière lancée : Sophia Loren, Gina Lollobrigida, Ursula Andress, Anita Ekberg, Linda Evans, Bo Derek, Dita von Teese ou encore Pamela Anderson.

Un an après son lancement, " Playboy " tire à 175.000 numéros et atteint le million d'exemplaires en 1959.
Une prouesse pour un magazine lancé avec 8.000 dollars et qui compte quatre personnes : Hugh Hefner évidemment, Eldon Sellers, Art Paul et Ray Russel, un écrivain anonyme.


Hugh Hefner défit l'Amérique puritaine


Le succès rencontré par " Play boy " et son créateur attise les convoitises et forcément aussi la curiosité, notamment des autorités.
Hugh Hefner se voit contraint de saisir la justice afin d'obtenir que son journal soit distribué avec les mêmes avantages que les autres parutions, notamment dans certains états conservateurs du Sud où " Playboy " n'était pas acheminé.

L'homme de presse obtient gain de cause en 1955. La Poste se doit d'appliquer le tarif préférentiel qu'elle accorde aux magazines " bien pensant " !

En 1957, " Playboy " prospère et s'offre de nouveaux locaux dans lequel Hugh Efner installe ses appartements...
Dès lors, légendes urbaines ou pas, il se murmure qu'il y passe ses nuits à accueillir les Playmates potentielles.
Il se dit également, que les étoiles qui apparaissent sur la couverture du journal témoignent des performances sexuelles de la playmate du mois...

La grandeur et la décadence éveillent une nouvelle fois la curiosité de la police en 1959. Le FBI, alerté par des nus intégraux parus dans le mensuel, effectue une perquisition et confisque les clichés incriminés.


L'empire Hefner


Pour autant, l'entreprise perdure et devient une véritable institution.
Alors que dès 1958, un festival de jazz est lancé par " Play boy " à Chicago avec la participation des plus grands (Louis Armstrong, Ella Fitzgerald ou encore Duke Ellington), Hugh Hefner fait l'acquisition d'une gigantesque propriété à Chicago, un an plus tard.
Offerte par la suite à l'Art institute of Chicago, la villa est aujourd'hui décomposée en appartements.

La même année, Hugh Hefner se lance dans le show télé, dans sa ville toujours.
Il présente l'émission " Playboy's penthouse " avec pour décor, une luxueuse garçonnière.
A ses côtés de superbes jeunes femmes et les invités les plus prestigieux.
Pour autant il n'a, semble t-il pas, les mêmes aptitudes pour la télévision que pour la presse ; si bien que l'émission s'interrompt après seulement six mois d'existence.

En 1960 c'est l'ouverture du Playboy club avec ses serveuses, dit les " Bunnies ".
Les chefs d'entreprises y font leurs affaires !

En 1971, nouvelle acquisition immobilière, cette fois en Californie. Réussite totale ou presque puisqu'à cette période " Playboy " tire à plus de 7 millions d'exemplaires, avec un record atteint en 1972.

Après des années 80, moins fastueuses, les années 90 marquent le retour à l'équilibre du magazine, dont la version française est lancée en 1973... La révolution sexuelle se joue aussi dans l'hexagone.

Caroline LEBENBOJM