Bed-in John Lennon et Yoko Ono… C’était il y a 40 ans

Des centaines de fleurs, une chambre recouverte d’affiches et les époux Lennon en pleine manifestation contre la guerre du Vietnam… du fond de leur lit. Du 26 mai au 2 juin 1969, la suite 1742 de l'hôtel Reine Elizabeth voit défiler des centaines d’artistes et des milliers de journalistes, dans l’espoir d’interviewer le couple. Un évènement qui donnera une chanson, « Give peace a chance », hymne à la paix intergénérationnelle.

Quand Lennon rencontre Ono

C’est en 1969, alors fraîchement marié avec Yoko Ono que commence l’histoire de la désormais célèbre chanson « Give peace a chance ».
S’éloignant des Beatles, qui depuis leur « White album » connaissent une période de flottement, John Lennon entame en 1968 une carrière solo, avec le disque « Unfinished music », enregistré avec sa future compagne, Yoko Ono.

D’une lune de miel à une manifestation pour la paix, il n’y a qu’un pas pour le couple.
L’idée du bed-in née d’une lettre de fan, lui demandant « de faire quelque chose en faveur de la paix ».

Alors en lune de miel à Amsterdam, le jeune couple organise, en mars 1969, le premier bed-in pour la paix.
Tandis que les troupes américaines s’enlisent dans le conflit au Vietnam, John Lennon clame allongé sur son lit, en pyjama blanc: « si tout le monde restait au lit pendant une seule semaine, la guerre prendrait fin ».

La suite 1742, chevet de la manifestation

Cet évènement fait du bruit outre Atlantique et le couple se voit même refuser l’entrée aux Etats-Unis. Ils partent alors à Toronto puis à Montréal, où le jeune Premier ministre, Pierre Trudeau, leur apporte son soutien.

C’est en 1969 que le couple organise le second bed-in pour la paix, fort de la réussite du premier.
Un véritable succès puisque près de 2.500 personnes y ont participé !
En effet, du 26 mai au 2 juin 1969, des personnalités comme l’écrivain Timothy Leary ou le rabbin Abraham Feinberg défilent dans la chambre de l'hôtel Reine-Elizabeth, et restent auprès du couple.

Les journalistes, assis sur le lit, découvrent le couple en pyjamas blancs, entourés de bouquets de fleurs, et de feuilles de papier collés sur le mur où sont inscrit aux feutres des dizaines de slogans comme « bed peace » et « stay in bed ».
Les médias sont rapidement suspicieux et reprochent à John et Yoko d’utiliser la cause de la paix à des fins commerciales. Pour John Lennon le principe est simple: «Nous voulons faire de la paix un produit économiquement viable. S’il y a de l’argent à gagner, les autorités suivront ».  

Une chanson intemporelle

En plus d’être un produit économiquement viable, le bed-in pour la paix est aussi une chanson : « Give peace a chance ». De nombreux artistes rejoignent le couple, dont la chanteuse Petula Clark, et enregistrent, le 1 juin 1969, le célèbre morceau «Give peace a chance ».

Le titre, sort en juillet 1970 et se hisse deuxième dans les classements britanniques. Fait étonnant, le disque porte la double signature Lennon-McCartney, John Lenon se sentant coupable de sortir un titre en solo.

Pendant huit jours, la suite 1742 devient le centre de toutes les attentions. Des milliers de fans attendent devant l’hôtel dans l’espoir de voir le couple. Un jeune canadien de quatorze ans, Jerry Levitan, parvient même à s’introduire dans la chambre de John Lennon et à l’interviewer pour son école.

« War is over, if you want it »

Au terme du second bed-in pour la paix, Lennon rentre alors à Londres pour y enregistrer l’ultime album des Beatles, « Abbey road ».
Mais la fibre revendicatrice du couple ne s’éteint pas, et le duo part manifester dans les rues, contre la guerre au Vietnam.
John Lennon va même jusqu’à renvoyer sa médaille de membre de l’Empire britannique, pour protester contre l’intervention anglaise au Biafra (Nigeria) et le soutien apporté aux Etats-Unis dans le conflit au Vietnam.

Le point d’orgue de cette  campagne pacifiste survient le 15 décembre 1969.
John Lennon et Yoko Ono organisent une campagne d’affichage à travers le monde avec pour mot d’ordre : « War is over ! if you want it » (la guerre est finie ! Si vous le voulez).
De New York à Montréal, en passant par Paris, Berlin, ou Tokyo, des millions de personnes découvrent les affiches fédératrices du couple. Ces derniers envisagent même d’organiser leur propre festival mais le projet ne voit pas le jour, faute de financement.

Un concept porteur

Reste que la chanson née du bed-in fait son bout de chemin, réinterprétée à de nombreuses reprises. En opposition à la guerre du Golfe, la formation “Peace Choir”, lancé en 1991 par Lenny Kravitz, Yoko Ono et Sean Lennon en enregistrent notamment une reprise.
Et en décembre 1980, c’est "Give peace a chance" qu’entonne des milliers de New-Yorkais rassemblés au pied du Dakota Building, au soir de l’assassinat de John Lennon.

Le 10 juillet 2008, la vente du manuscrit de la chanson chez Sotheby’s, à Londres, a rapporter 8 40 000 dollars canadiens (près de 550 000 euros) à sa propriétaire. Gail Renard avait participé au bed-in alors âgée de seize ans et s’était vu offrir le texte original par l’artiste.

Le bed-in du couple fête ses 40 ans

Du 2 avril au 21 juin 2009, le Musée des beaux-arts de Montréal, a commémoré cet événement avec   "Imagine: La ballade pour la paix de John et Yoko". L’exposition revient sur cette manifestation pacifiste à travers des dessins, photos, et vidéos inédites.
Par ailleurs, Yoko Ono s’est vu décerner le 6 juin dernier, un Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière, à la Biennale d'art contemporain de Venise.

Cécilia Delporte