But ou pas but ?

Les polémiques ont toujours existé dans le football. Même avant l’avènement de la vidéo. L’un des exemples les plus célèbres a eu lieu lors de la coupe du monde 1966. En finale, l’Angleterre, pays organisateur affronte la RFA

En football comme dans n’importe quel autre sport, un arbitre doit avoir de bons yeux. Pour voir les fautes des joueurs, l’agitation des entraîneurs sur leur banc de touche, et aussi pour valider un but qui peut sembler litigieux. En Angleterre, le 30 juillet 1966 restera à jamais dans la légende. L’équipe nationale remporte la Coupe du Monde. La première, et la seule à ce jour. Contre la RFA, en plus un pays que les Anglais ne portent pas vraiment dans leur cœur. Dans l’histoire du football aussi la date est inoubliable. C’est le jour où un arbitre a accordé un but qui n’y était peut-être pas.


Un match acharné

Les deux équipes qui jouent cette finale font partie des favorites de la compétition. La RFA, championne du monde 12 ans plus tôt en Suisse reste l’une des meilleures équipes européennes, tandis que l’Angleterre n’a jamais eu de génération aussi talentueuse, avec notamment le capitaine, Bobby Moore, et l’avant-centre Bobby Charlton. Lors des tours précédents, les Allemands ont sorti l’Uruguay, puis l’URSS, alors que les Anglais, qui ont joué tous leurs matches dans leur stade de Wembley ont éliminé l’Argentine, puis le Portugal, à chaque fois avec un arbitrage que l’on pourra qualifier de généreux.
La rencontre commence sur les chapeaux de roues pour les Anglais qui se ruent à l’attaque. Mais contre toute attente, c’est la RFA qui ouvre le score grâce à son numéro 8, Helmut Haller. Les Anglais répondent rapidement et égalisent par Geoff Hurst, l’avant-centre qui joue habituellement pour le club de West Ham marque de la tête. Les débats s’équilibrent, et il faut tout le talent du gardien anglais Gordon Banks pour que le pays hôte ne rentre pas aux vestiaires avec un but de retard. La mi-temps est sifflée sur le score de 1 partout
En deuxième période le combat est toujours intense. L’Angleterre pousse de plus en plus et finit par prendre l’avantage avec un but de Martin Peters, le milieu de terrain de West Ham. On n’est qu’à dix minutes de la fin, tout le public de Wembley attend fébrilement le coup de sifflet final de l’arbitre suisse, Gottfried Dienst. Un espoir qui va s’effondrer alors que le temps réglementaire arrive à sa fin, quand Wolfgang Weber profite d’un ballon contré pour tacler le ballon dans le but de Banks. Tout est à refaire pour les Anglais. On va jouer la prolongation


La prolongation et la 100è minute

C’est une première dans l’histoire de la coupe du monde. Le match n’a toujours pas trouvé de vainqueur, on est donc obligé de disputer une prolongation, de deux périodes de quinze minutes chacune. Les tirs aux buts n’existent pas encore, si jamais les deux équipes restent à égalité à la fin de la prolongation, la finale sera rejouée trois jours plus tard. On n’en est pas là, et les deux équipes, d’ailleurs, donnent tout pour ne pas jouer une deuxième finale. Vient la 100è minute. Le milieu de terrain de Blackpool Alan Ball s’échappe sur le côté droit, et centre pour Geoff Hurst. Le numéro 10 anglais contrôle le ballon et envoie un tir terrible, qui frappe le dessous de la barre transversale allemande, rebondit, avant d’être dégagé. Tout Wembley s’est levé comme un seul homme, pensant au but, tandis que le gardien ouest-allemand Tilkowski fait déjà non avec la main, pour signifier que le jeu doit continuer. Oui, mais l’arbitre, lui ne sait pas si la balle a franchi la ligne. Car le règlement est clair : pour qu’un but soit accordé le ballon doit avoir entièrement franchi la ligne. Pour être sûr, M. Dienst va consulter son juge de ligne. M.Bakhramov était pourtant très loin, mais il doit avoir des yeux-laser, car il en est sûr, le but est bel et bien valable. Joie des 98 000 supporters de Wembley (moins les Allemands bien sûr), fureur de la Mannschaft. Rien n’y fera, ça fait 3 buts à 2 pour les joueurs d’Alf Ramsey. Les Allemands ne s’en remettront pas, d’autant que Hurst, déchaîné, inscrira un quatrième but, son troisième personnel d’une frappe en pleine lucarne. Le match ne reprendra même pas, de toute façon le terrain de Wembley est envahi par des centaines de supporters. Le pays qui a inventé le football a enfin remporté une Coupe du Monde. Il a fallu beaucoup de patience pour les supporters. Il leur en faut de nouveau depuis 1966, l’Angleterre n’a plus jamais rien gagné depuis