Les films de légende

Age d’or du cinéma américain, les années 1950 recèlent de films légendaires. Tous sont des récits d’une Amérique mythifiée et décriée, des hautes bourgeoisies sudistes aux bas quartiers new-yorkais. C’est aussi des Marilyn Monroe, Clark Gable ou James Dean, des figures d’après guerres encore symbole aujourd’hui d’un imaginaire hollywoodien.

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Le cinéma d’après guerre

En 1940, soit dix ans après l’introduction du parlant, le cinéma américain prospère.
L’arrivée du petit écran dans les foyers, conduit le cinéma hollywoodien vers un classicisme, celui des grandes fresques historiques et paysages foisonnants. Hollywood veut fasciner, et les progrès techniques de la couleur, proposé par le technicolor, révolutionnent son industrie.

Ainsi à l’après guerre, le cinéma passionne toujours autant une population friande de divertissements. Loin du néo-réalisme italien qu’impose Luchino Visconti, les spectateurs américains vivent aux rythmes de Vivien Leigh ou Humphrey Bogart, de ces acteurs emblématiques et figures d’une Amérique mythifié.

C’est un cinéma qui se modernise, celui d’Orson Welles avec « Citizen Kane », ou d’Elia Kazan, qui offre son premier grand rôle à Marlon Brando, dans « Un tramway nommé désir ». Les cinéastes s’écartent de la temporalité classique  hollywoodienne, et mélange désormais les styles et les genres, de la comédie musicale aux films noirs.

Suite aux accords Blum-Byrnes en 1946, la France du tripartisme accepte, en contrepartie d’un effacement partiel de sa dette envers les Etats-Unis, la projection de films américains dans ses salles. C’est ainsi qu’au début des années 1950, les fleurons de la production hollywoodienne envahissent les salles françaises…

 Autant en emporte le vent

« Frankly my dear, I don’t give a damn » (Franchement ma chère, je m’en fous). C’est sur ces mots de Rhett à Scarlett que ce clôt cette véritable fresque historique et romanesque de près de quatre heures, qu’est « Autant emporte le vent ».

Bien que courtisée par les hauts partis de Géorgie, Scarlett O'Hara, jeune femme de la haute société sudiste, n’a d’yeux que pour Ashley Wilkes, le fiancé de sa cousine Melanie Hamilton.

C’était sans compter sur sa rencontre avec Rhett Butler, faux héros sudiste qui lui avoue n'être qu'un profiteur de guerre. Une romance passionnée et destructrice, tournée dans les paysages désertiques du sud des Etats-Unis, renforçant la rudesse des personnages.

Si le choix de Clarke Gable Clark Gable semble une évidence (l’acteur est le portrait « craché » du Rhett Butler du livre), le personnage de Scarlett reste durant longtemps sans interprète.

C’est après avoir fait tourner des essais à toutes les grandes comédiennes de l'époque, de Katharine Hepburn à Paulette Goddard, que le choix de Victor Flemming se porte, alors que le tournage de l’incendie d’Atlanta a déjà débuté, sur une Anglaise alors méconnue, Vivien Leigh.

« Autant en emporte le vent » c’est un casting mais c’est aussi une affiche. Celle du couple Rhett Scarlett dominant le décor général, celui de la guerre de sécession, symbolisée en arrière plan par les flammes de l’incendie d’Atlanta.

Un immense succès pour le réalisateur Victor Flemming, concrétisé par l’Oscar du meilleur second rôle, en 1940, attribué à Hattie Mc Daniel dans le rôle de la nourrisse de Scarlett.
Par ailleurs, cette dernière n'a même pas l'autorisation d'assister à la première du film à Atlanta en décembre 1939, pour cause les lois raciales encore en vigueur en Géorgie.

L’histoire de Rhett et Scarlett est porteuse puisque le film est déjà une adaptation d’un best seller du même nom, « Gone with the wind », écrit par Margaret Mitchell. Le livre, sortit en juin 1936, atteint au Noël de la même année, le million d'exemplaires vendu et l’écrivain se voit récompensé du prix Pulitzer, un an plus tard.

Roméo et Juliette dans le West Side


Une ouverture aérienne sur l’Upper West Side, et le Manhattan de la fin des années 1950… C’est ainsi que débute ce Roméo et Juliette contemporain, du nom de « West side story ».
C’est dans les bas quartier de New York, que deux bandes s’affrontent pour le contrôle du quartier : les Sharks de Bernardo et les Jets de Riff.

Riff, le chef des Jets, décide de défier publiquement Bernardo, le leader des Sharks, au cours d'un bal, tandis qu’un ex membre des Jets, Tony (Richard Beymer), s'éprend de Maria (Natalie Wood), la soeur de Bernardo.
Les deux amants vont devoir cacher leur idylle aux yeux de leurs clans respectifs, jusqu'au jour où une guerre ouverte éclate.

Signé en 1961 par Robert Wise et le chorégraphe Jerome Robbins, l’histoire a déjà fait ses preuves.
En effet, le thème des rivalités de bandes avaient été popularisé par le cinéma américain, avec des films comme « L’Equipée sauvage » en 1953  de Lazio Benedeck ou « La fureur de vivre » de Nicholas Ray en 1955.

Adaptation du classique « Roméo et Juliette », la véritable vedette est désormais Manhattan, des terrains de jeu à grillages, aux quartiers populaires du Hell’s kitchen.
Quant à la musique, c’est un melting-pot des styles qu’offre le compositeur Leonard Bernstein, de l’hymne « America », aux rythmes accrocheurs de « Jet song », en passant par la ballade « Maria ».

Le film remporte dix Oscars, dont celui de la mise en scène que le chorégraphe partage avec Robert Wise. En plus d’une scénographie novatrice pour l’époque, « West side story » est une véritable satire de la société américaine.

Soulevant des thèmes encore peu abordés dans le cinéma de l’époque, c’est le visage d’une autre Amérique, celle d’une insertion difficile des minorités ethniques.

Les premiers pas de James Dean

« A l'Est d'Eden » est l’adaptation du roman du même nom de John Steinbeck. Une admiration mutuelle entre l’écrivain et Elia Kazan puisque les deux hommes avaient collaboré ensemble sur le scénario de « Viva Zapata ! ».

C’est dans une petite ville des Etats-Unis, à la veille de la première guerre mondiale, qu’Adam Trask exploite ses terres, aidé de ses deux fils, Cal et Aaron.
Alors qu’ils croyaient que leur mère était morte,  les deux fils apprennent que celle-ci est toujours vivante et tient une maison close. Dès lors, ses rapports avec son père vont se dégrader de plus en plus.

Dans une atmosphère pesante, les spectateurs découvrent en 1955 un James Dean de vingt-quatre ans, pas encore le mythe de « La fureur de vivre ». En lice avec Paul Newman pour interpréter le personnage de Cal, James Dean est finalement retenu pour ce rôle qui va l’ouvrir à une carrière internationale.

François Truffaut dira alors de lui : « son jeu contredit cinquante ans de cinéma : chaque geste, chaque attitude, chaque mimique est une gifle à la tradition ».

Les paysages du sud des Etats-Unis accompagnent cette fresque de personnages, partagés entre l’idée du Bien et du Mal. C’est le mythe de Caïn et Abel, mais revisité par Elia Kazan qui fait planer une part de mal en chaque personnage.

La pesanteur du film est aussi présente durant les tournages. Hors caméra, les rapports entre James Dean et Raymond Massey sont si conflictuels que les deux hommes n’ont pas de mal à incarner leurs personnages hostiles à l'écran.

Le film remporte le Prix du film dramatique au Festival de Cannes de 1955 ainsi que l'Oscar du Second rôle féminin pour l’actrice Jo Van Fleet.

Et Billy Wilder créa Marilyn

Sommet de la comédie américaine parodique, « Certains l’aiment chaud » marque la deuxième collaboration entre Billy Wilder et Marilyn Monroe.
Tous deux avaient travaillé sur « Sept ans de réflexion » quatre an plus tôt, où ils avaient mis à rude épreuve la fidélité conjugale de Tom Ewell. Plus qu’une nouvelle collaboration de Marylin Monroe avec le cinéaste, le film consacre le duo Tony Curtis et Jack Lemmon.

Durant la prohibition, deux musiciens de Jazz au chômage, Joe (Curtis) et Jack (Lemmon),  se trouvent empêtrer dans un règlement de comptes entre bandes. Les deux acolytes se transforment alors en musiciennes et partent en Floride dans un orchestre féminin.  

Les deux hommes tombent amoureux d’Alouette, jeune femme naïve qui souhaite épouser un milliardaire. Pour la séduire Joe se fait ainsi passer pour un richissime homme d’affaires. 

 « Certains l’aiment chaud » n’est pas la première comédie basée sur l’usurpation d’identité, Billy Wilder ayant avoué s’être notamment inspiré de « Fanfare d’amour », de Richard Pottier en 1935.
Mais  la particularité du film de Billy Wilder tient au croisement de deux genres, celui de la comédie et du film de gangsters.

La bande originale y est aussi pour beaucoup dans le succès du film. Marilyn y interprète une douzaine de morceaux dont « I’m through with love », « I wanna be loved by you » et “Some Like it hot”.

D’ailleurs, l’affiche comme le film, est une ode à Marilyn. A la sortie de « Certains l’aiment chaud », en 1959, les spectateurs peuvent découvrir en guise de poster le mot « Hot » écrit en lettres rouges et entourant le visage de l’actrice.

Rick’s Cafe

L’intrigue de « Casablanca » met en lumière, Rick Blaine, un américain en exil qui tient un bar brumeux dans la ville de Casablanca. Nous sommes en 1942. Durant la guerre et l’occupation nazie, l’établissement ouvre ses portes aux réfugiés qui souhaitent se procurer des papiers pour quitter le pays.

Mais suite à l’assassinat de deux représentants nazis, et à l’arrivée du dissident politique Victor Laszlo accompagné de son épouse Ilsa, les affaires vont se compliquer pour Rick

L’un des premiers films à la gloire de la résistance, c’est surtout pour la Warner Bros l’occasion d’obtenir le même succès qu’ « Algiers » (1938). Ce long-métrage de John Cromwell, avait permis de renflouer les fonds du studio concurrent, les Artistes associés.

Le tournage du film laisse une large part à l’improvisation, avec des répliques écrites au jour le jour, et un dénouement gardé secret jusqu'au dernier moment.

Ingrid Bergman, qui campe le rôle de l’amante de Rick, Ilsa Blund, confiera d’ailleurs : « Je demandais constamment de qui j’étais vraiment amoureuse : Paul Henreid (Victor Laszlo) ou Humphrey Bogart (Rick Blaine) ? A quoi Curtiz répondait « nous ne savons pas encore. Joue le entre deux ». Le tout, avec plus d’une trentaine d’acteurs de nationalités différentes, réunis sur le plateau…

Contrainte pour les acteurs, cette part d’improvisation a payé puisque le film obtient en 1944 les Oscars du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario.
Un succès aussi parmi la population afro-américaine, qui lors des projections, ovationne Dooley Wilson, le premier acteur de leur communauté à avoir un rôle si important dans un film.

En Allemagne, le film est interdit en salle pendant la guerre, jugé par les autorités comme une oeuvre de propagande anti-nazie. Et si après 1945, « Casablanca » est enfin projeté, c’est avec vingt minutes de coupes, censurant toutes les références au nazisme et effaçant même le personnage du Major Strasser !

En 1987, une copie spéciale est projetée au Festival du film de Rio. Les spectateurs y découvrent une fin alternative : Ingrid Bergman n'y prenait pas l'avion et retournait dans les bras d'Humphrey Bogart.

Cécilia Delporte