Minitel (Le)

Développé au milieu des années 80 par France Télécom, le Minitel va révolutionner la télécommunication télématique avant que son successeur, Internet, ne vienne tisser sa toile.

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36..., Bip... Connexion

Un clavier, un écran, une ligne téléphonique... Vous y êtes !
Il ne s'agit pas encore d'Internet mais de son aîné, le Minitel, lancé officiellement en 1983.
L'appareil, de marron et de gris vêtu, s'appuie sur un réseau de télécommunication destiné au grand public, à l'inverse d'Internet, dont les réseaux mondiaux ne commencent à être exploités que par les institutions d'Etat comme l'armée, dès la fin des années 60.

Doté d'un Modem incorporé, le Minitel, qui fonctionne comme un terminal informatique passif, ne comprend pas de Microprocesseur ni de dispositif de stockage. Il peut être utilisé en toute simplicité et sans aucun risque de virus.
Pour ce qui est du clavier, il est d'abord alphabétique (ABCDEF) au grand dam des habitués des machines à écrire ou des terminaux informatiques qui, à force de doigté, obtiennent finalement un passage à la norme AZERTY.


Le Minitel tisse sa toile


Dès 1980, des habitants de Vélizy, de Saint Malo et de Rennes partent à la découverte du nouveau monde. Ils sont 2.500 foyers à tester de premiers exemplaires du Minitel qui s'apparentent alors à des décodeurs qui se branchent sur le téléviseur.
Depuis leur écran, ils peuvent consulter une vingtaine de services via un réseau. Les offres les plus appréciées sont alors : la vente par correspondance, la presse, les banques ou encore la billetterie SNCF.

Tout est possible... Dorénavant.
L'apprentissage est parfois difficile, cela ne fonctionne pas toujours au début, mais comme le GPS aujourd'hui, une fois l'accès trouvé, il répond à une vraie demande et réduit de manière considérable les discordes au sein du couple.
Fort de cette constatation, une deuxième expérience est lancée en 1983, cette fois en Ille-et-Vilaine.

Parmi les innovations, l'annuaire électronique accessible via le 36.11 et destiné à remplacer le bottin. L'opération pèse lourd... France Télécom distribuent gratuitement 120.000 terminaux. Un an plus tard, ce sont plus de 530.000 Minitel qui trônent dans les bureaux et à la maison. 145 services sont alors accessibles.

Le minitel voit la vie en rose

Certes sans abonnement, le Minitel n'en est pas pour autant gratuit. Le coût de communication est facturé par France Télécom. Outre France Télécom, les services dégagent également des bénéfices.

Prenons l'exemple de la SNCF qui épargne, non seulement le temps qu'un guichetier pourrait passer sur une réservation mais qui en plus s'enrichit grâce au reversement de la surtaxe de connexion au 3615.

A l'instar de la Société Nationale des Chemins français, les services de rencontres (voire plus si affinités...) connaissent aussi évidemment un large succès. Les dirigeants de ces serveurs n'hésitent pas recourir à de faux pseudonymes et à utiliser des " hôtesses " pour racoler et fidéliser une clientèle envoûtée par ces nouvelles pratiques.


Le Minitel Bugge

Les jeunes, qui sont ceux à se familiariser le plus rapidement avec le Minitel, profitent évidemment des avancées notamment en évitant grâce à lui les files interminables au moment des inscriptions en facultés. Ravel est une révolution en son genre. Plus de lunette noire pour nuit blanche devant les établissements.
Il suffit désormais aux étudiants de s'inscrire par le biais de ce serveur pour obtenir son précieux sésame, sauf évidemment lorsque le Minitel bug (" bug " ou " bugue " d'ailleurs... En voilà un bug !).

En 1996, qu'il s'agisse de question de loisirs, de tourisme ou encore de politique, ce sont près de 25.000 services qui sont proposés via le 36.15 mais également le 36.14 ou encore le 36.13. 25 millions de Français en font encore usage en 2000.


Le Minitel fait de la résistance

Le paysage informatique est évidemment en constante mutation.
Parmi les grandes révolutions, l'Internet. Pour autant, en 2007, alors qu'un million de terminaux est encore actif, plus de 220 millions de connexions sont encore recensées. Ce qui représente environ 20 millions de connexions par mois et ce, grâce aux 4.000 services encore actifs.
France Télécom et les fournisseurs de services se targuent de réaliser 100 millions d'euros de chiffre d'affaires, contre 750 dix ans plus tôt. Reste que le Net sait jouer de ses réseaux.

A la fin du deuxième trimestre 2008, la France compte plus de 16,5 millions d'abonnés à Internet haut débit.
Le Minitel, lui, a perdu 90 % de son audience sur une décennie. La tendance est évidemment exponentielle puisqu'entre 2006 et 2007 il a cède encore 35 % de son trafic.

Que les Nostalgiques du Minitel se rassurent, son accès reste à portée de clic. Vous pouvez en effet y accéder via l'Internet, plus ergonomique et plus rapide... La mondialisation est en marche.

Caroline LEBENBOJM