Mondial et matches de légende : FRANCE-RFA 1982

C’est parti depuis le 11 juin. Sauf si vous vivez dans une grotte à des centaines de kilomètres de toute civilisation, impossible de passer au travers : la coupe du monde 2010, 19è du nom, a débuté en Afrique du sud. Le Brésil et l’Espagne sont les deux favoris, on espère voir de beaux matches. Des rencontres magnifiques, il y en eu, en près de 70 ans de compétition...

Les yeux écarquillés. Les mains moites. La gorge sèche. On passe parfois, et de manière un peu excessive, par différents états d’esprit, juste en regardant un match de foot. Oui mais, car il y a un mais, certaines rencontres vont au-delà du simple match, au-delà du sport, même. Des affrontements, des oppositions de styles qui emmènent le spectateur dans un autre monde. On exagère ? Même pas.


France-RFA. Demi-finale 1982. Séville

La date est inoubliable pour tout amoureux du football Français. Le supporter des bleus sait où il était le 8 juillet 1982. En vacances, au camping, chez lui, mais de toute façon devant sa télé pour voir les Français contre les Allemands de l’Ouest dans ce qui représentait à l’époque l’opposition de styles parfaite. Pour être très schématique, d’un côté la rigueur germanique, de l’autre l’inspiration latine. Bon c’est vrai, ça fait un peu le méchant contre le gentil. Mais le match va donner raison à ce manichéisme primaire.


Première période. Egal à égal

La première raison pour expliquer le caractère inoubliable de ce France-RFA est on ne peut plus simple : c’est une formidable rencontre de football. Un match très équilibré entre deux équipes qui donnent le meilleur d’elles-mêmes. Ce n’est pas un match, c’est une guerre de football sur le champ de bataille de Sanchez-Pizjuan. Le début du combat est dominé par les Allemands. Le gardien Français, Jean-Luc Ettori fait tout ce qu’il peut pour contenir les assauts répétés des blancs, mais il ne peut rien sur un tir de Pierre Littbarski. Celui que l’on considère comme le plus latin des Allemands avait vu quelques minutes auparavant l’un de ses tirs frapper la barre transversale. Cette fois le petit dribbleur de Cologne peut reprendre victorieusement une frappe de Klaus Fischer repoussée par Ettori. Les Français vont-ils accuser le coup ? Apparemment non, ils reprennent le jeu qui a fait leur réputation, un football très collectif emmené par un milieu de terrain ultra offensif Tigana-Genghini-Giresse-Platini. Le ballon circule bien et vite, trop vite, même, pour la défense allemande qui concède un pénalty moins de dix minutes après l’ouverture du score. La sanction est incontestable, Bernd Förster ayant retenu par le maillot Dominique Rocheteau qui allait reprendre une passe de la tête de Platini. Le numéro 10 bleu est chargé de transformer la sentence. Il embrasse le ballon avant de le poser sur le point de réparation. Il égalise grâce à un tir à ras de terre. Le portier allemand, Harald Schumacher est pris à contre-pied. Un gardien de grande valeur habituellement mais qui depuis quelques minutes apparaît très nerveux. Sur une action anodine il s’empare du ballon et tombe volontairement sur Didier Six qui était déjà à terre. L’arbitre du match, le Néerlandais Charles Corver demande gentiment au gardien de se calmer. Il ne sera pas vraiment écouté.

La mi-temps est sifflée sur ce score d’un but partout. Les Français, après un démarrage difficile ont pris nettement l’ascendant, notamment grâce à leur milieu de terrain défensif, le Bordelais Jean Tigana, omniprésent.


La 57è minute

La domination bleue reprend dès le début de la seconde période. Les Français sont très inspirés, leurs combinaisons fonctionnent et il s’en faut de peu pour que leur domination ne s’affiche sur le tableau des scores. Dominique Rocheteau inscrit même un deuxième but, refusé pour une petite faute sur son défenseur. Mais rapidement un coup dur est porté au milieu de terrain Français si performant. Bernard Genghini s’est tordu la cheville, il ne peut plus courir. Le sélectionneur des bleus fait alors appel sur le banc à Patrick Battiston. Le jeune Stéphanois joue normalement au poste d’arrière latéral, mais sa fraîcheur peut être très utile en milieu de terrain. Battiston se signale d’ailleurs immédiatement par une frappe de 25m de peu à côté. C’est encore lui qui manquera de quelques centimètres de donner l’avantage à l’équipe de France. On joue depuis 57 minutes, Maxime Bossis, auteur d’un match magnifique récupère un énième ballon près de la ligne médiane, sur la droite du terrain. Il le transmet à Michel Platini, qui donne en profondeur pour Battiston. Toute la défense allemande a été prise en défaut. Battiston est seul face à Schumacher. Mais le ballon, donné en hauteur rebondit un peu, et il faut donc le reprendre de volée, du pied gauche. Le numéro 3 Français a les yeux rivés sur la balle, il ne voit pas le gardien Allemand arriver sur lui, il frappe du bout du pied. Le ballon roule, roule, roule… à côté du but. Mais Battiston ne sait pas qu’il n’a pas marqué. Il est allongé, inconscient sur la pelouse. L’action est rapide à vitesse normale, elle a d’ailleurs échappé aux commentateurs télé, Thierry Roland et Jean-Michel Larqué. Mais le ralenti est impitoyable et terrible. Schumacher n’a pas regardé le ballon. Il s’est lancé en hauteur, bien au-dessus du niveau du ballon, avant de percuter son adversaire, le coude dans le visage. Il n’a pas fait le voyage pour rien dit Larqué. Le geste est inexcusable évidemment, la sanction, elle est incompréhensible. L’arbitre siffle un six-mètres pour l’Allemagne. Pas de carton rouge pour le gardien de but, même pas de faute. Schumacher, nerveux et narquois se tient prêt à remettre en jeu, alors que les soigneurs sont encore sur le terrain. Battiston a perdu connaissance, avec une fissure d’une vertèbre cervicale. Il devra porter une minerve pendant plusieurs mois. Quoi qu’il en soit, cette agression caractérisée a changé le fil du match. Les supporters espagnols, divisés en première période prennent fait et cause pour les bleus, et sifflent Schumacher à chacune de ses interventions. Ce soutien donne des ailes aux joueurs Français, loin d’être abattus par la violence du gardien Allemand et l’incompétence de l’arbitrage Néerlandais. Les actions, brillantes, se succèdent, mais par maladresse le plus souvent, les attaquants bleus n’arrivent pas à inscrire un second but. Les dernières minutes sont brûlantes. On vient juste d’entrer dans les arrêts de jeu quand Manuel Amoros envoie une frappe magnifique de 30m sur la barre transversale, alors que « notre ami Schumacher est aux pâquerettes », dixit Larqué . Quelques secondes plus tard, Jean-Luc Ettori repousse magnifiquement une frappe de Paul Breitner, avant de se jeter dans les pieds de Klaus Fischer.  Le temps réglementaire est terminé. Place aux prolongations.


L’espoir avant le désespoir

Les bleus commencent la première période de la prolongation comme ils ont joué la majeure partie de la rencontre. Pied au plancher. Mais avec une différence de taille. Ils vont réussir à marquer. La prolongation n’a commencé que depuis trois minutes quand Michel Platini est accroché par Briegel près du poteau de corner. Le meneur de jeu tricolore tire lui-même le coup franc. Le centre est dévié par le mur allemand qui n’était pas à distance réglementaire, la balle en cloche est reprise plein fouet par Marius Trésor, la volée du défenseur Bordelais ne laisse aucune chance à Harald Schumacher. Les bleus ne veulent pas en rester là, et continuent d’attaquer. Ils vont inscrire un troisième but magnifique. Didier Six a le ballon, à l’entrée de la surface de réparation. « En retrait pour Giresse, en retrait pour Giresse », crie Larqué de son poste de commentateur. Message entendu par Six, qui passe pour le meneur Bordelais, dont la frappe heurte le poteau Allemand, avant d’entrer dans le but. Les images de Giresse fêtant son but feront le tour du monde. 3 à 1 pour la France, qui a un pied et demi en finale, d’après Thierry Roland. Mais il reste un demi-pied aux Allemands, et l’entraineur Jupp Derwall va faire rentrer son arme fatale, Karl-Heinz Rummenigge. L’attaquant du Bayern va tout changer. Il inscrit rapidement un but, puis il amène l’égalisation Allemande, à 12 minutes de la fin de la prolongation. Les Allemands sont ragaillardis, ils vont tenter d’inscrire un quatrième but, après avoir été malmenés pendant la quasi-totalité de la partie. Le score malgré tout ne changera plus. Pour la première fois de l’histoire de la coupe du monde, une rencontre va se terminer aux tirs aux buts.


Une fin si cruelle

A l’image du match, l’épreuve des tirs aux buts va se montrer cruelle pour les tricolores. La victoire leur tend les bras, avant de se refuser à eux et de choisir les Allemands de l’Ouest. Le premier échec vient de Stielike qui s’effondre après avoir vu Ettori repousser son tir. Le réalisateur Espagnol s’attarde sur la détresse du joueur du Real Madrid, et ne filme pas la parade de Schumacher sur le tir de Didier Six. L’égalité est parfaite, jusqu’à ce que Maxime Bossis, irréprochable jusqu’alors ne frappe trop mollement. Schumacher réalise son deuxième arrêt. Tous les espoirs Français sont tournés vers Jean-Luc Ettori. Face à lui, Horst Hrubesch, surnommé le Monstre. (Hrubesch, c’est pas Alain Delon, selon Thierry Roland qui a toujours aimé les comparaisons) Si le numéro 9 allemand marque, le match est terminé. Hrubesch envoie une mine au fond des filets. La RFA est en finale. C’est l’épilogue cruel d’un match qui aura longtemps hésité avant de basculer vers l’équipe qui l’aura sans doute mérité le moins. Mais un match de football n’est pas un combat de boxe, et ne se joue pas aux points. Le titre du journal l’Equipe, le lendemain matin est sans équivoque : « Fabuleux ». L’équipe de France portera encore un moment cette étiquette de perdant magnifique.

XH

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