Scopitone (Le)

Il y a le juke box et puis il y a le Scopitone, qui en plus du son va offrir l'image, dès le début des années 60. Un véritable tremplin commercial et médiatique pour les chanteurs comme Johnny Hallyday ou encore Vince Taylor.

Nostalgie
1/3 Lancer le diaporama
Il était une fois... L'ancêtre du vidéo clip, c'est lui...

Le Scopitone, enfin le Scopzione d'abord. C'est en effet à Milan en 1959 qu'est présenté ce Scopzione, réalisé par la société Cinebox.
Il s'agit d'un appareil qui diffuse de la musique, jusque là rien de vraiment innovant, du moins jusqu'à que le public découvre que cet objet est également doté d'un écran qui diffuse des images.
Une vidéo dans laquelle un chanteur assure, ni plus ni moins, que la promotion de son titre...

Une nouvelle ère publicitaire est née sous l'impulsion du Scopitone !


Les professionnels ne passent évidemment pas à côte de cette invention.
Un an plus tard à Paris, le Scopitone est lancé par la firme Cameca, grâce à son directeur, Frédéric Mathieu, qui se trouve également être ingénieur.

A l'instar du Scopzione, l'appareil propose des chansons filmées en couleur également avec un son de qualité, du moins pour l'époque, et des images diffusées sur un écran de 54 centimètres qui ne tardera pas à atteindre les 70 x 45 centimètres.
D'une hauteur atteignant les 2 mètres 10, le Scopitone s'apprécie également pour le modernisme de sa ligne épurée avec un coffre en formica et des enjolivures en alu-chromé.


Le Scopitone parade

Le Scopitone se décline tel un objet résolument moderne qui s'expose loin des galeries d'arts ou des musées.
Ses créateurs préfèrent jouer la proximité avec sa cible première, la jeunesse, et s'installer dans les bars et cafés.
Les idoles des yéyés y font tabac. Des centaines titres sont rapidement disponibles : Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, les Chaussettes noires ou Vince Taylor se succèdent, bientôt rejoints parHenri Salvador, Gloria Lasso, Annie Cordy, Brigitte Bardot, Serge Gainsbourg, Paul Anka, Jacques Brel, Claude François, Dalida, Richard Anthony ou encore Luis Mariano.
Ces derniers déferlent sur le petit écran pour obtenir les faveurs des adolescents qui aiment à se retrouver autour du Scopitone en sirotant un diabolo menthe.

Le Scopitone est devenu un véritable " outil " de promotion, au même titre que les hits parade. Les " Age tendre et tête de bois " ou encore " Salut les copains " n'ont qu'à bien se tenir !


Le Scopitone fait son cinéma

Le succès des Scopitones (exclusivement diffusés sur les appareils commercialisés par Cameca), attire les professionnels de la réalisation qui se pressent pour immortaliser sur bobines les prestations des artistes.

Ainsi entre 1960 et le milieu des années 70, Alexandre Tarta (avec près de 120 Scopitones enregistrés dans les studios Eclair d'Epinay-sur-Seine), Claude Lelouch, (près d'une cinquantaine à son actif, dont " Belle-belle " et " Marche tout droit " de Claude François) ou encore Jean-Christophe Averty s'illustrent-ils dans la réalisation de Scopitones, dans des conditions parfois précaires.

Il faut, en effet, dans un temps record pour ne pas dépasser les maigres budgets fixés, filmer (principalement des films en 16mm), synchroniser le play-back et le son pour enfin développer le tout.


Le Scopitone change de disque


L'âge d'or du Scopitone est stoppé au milieu des années 70, en 1974 exactement. Cameca, qui entend être plus productive encore, va se tourner vers la production " industrielle ".
La réalisation de Scopitones ne tarde donc pas à s'essouffle, faute d'investissement. Les bars et cafés prennent l'eau ! Face à l'absence de nouveauté, ils relayent leur machine en fond de cale... sèche.

Plus de trente ans après sa disparition, le Scopitone draine encore nombre de nostalgiques qui, avides de documents sonores devenus cultes et qui consacraient l'ère yéyé ou encore du rock and roll, perpétue son souvenir notamment dans le cadre de conventions.

Caroline LEBENBOJM