Et Brigitte Bardot… créa Saint-Tropez

Robe vichy, bikini ou mini short, ballerines et panier vissé sur l’épaule… B.B arpente la route des Canebiers pour regagner La Madrague, sa maison acquise en 1958 qui devait donner naissance à la chanson éponyme ainsi qu’à une autre légende… celle de Saint-Tropez. Si la commune du département du Var a acquis une renommée internationale, elle le doit largement à Brigitte Bardot, qui découvre Saint-Tropez alors qu’elle tourne « Et dieu… créa la femme » de Roger Vadim. Depuis Brigitte Bardot, la Nouvelle vague, les yéyés et les stars internationales se pressent à Saint-Tropez. Le village de pêcheurs du début du XXe siècle a laissé place à une station balnéaire, haut lieu de la jet set.

Exposition Brigitte Bardot - Saint Tropez - Photo 05 - Collection Bob Zagury Nostalgie
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Et dieu… créa Brigitte Bardot

Nous sommes en mai 1955. Dans la baie de Pampelonne, la demeure de Geneviève de Colmont accueille des acteurs en devenir : Brigitte Bardot, Curd Jürgens, Jean Louis Trintignant et Christian Marquand (le frère de Nadine Trintignant) venus tourner « Et dieu… créa la femme » sous la direction de Roger Vadim,  entre la Ponche et le port de Saint-Tropez.

Un an plus tard, à la sortie de la comédie dramatique, qui narre les vicissitudes d’une jeune orpheline qui fait chavirer les cœurs jusqu’à confondre maris et amants, l’équipe du film est propulsée au rang de stars internationales du cinéma français.
La France s’est trouvée une fiancée… Brigitte Bardot   
A la faveur de son tam-tam mambo endiablé, dansé pieds nus, dans « Et dieu… créa la femme » (encensé aux Etats-Unis mais quelque peu boudé dans l’hexagone), Brigitte Bardot devient un sex symbol, qui ouvre la voie à la libération de la femme.  

Une vague médiatique emporte Brigitte Bardot à chacune de ses apparitions cinématographiques ou privées.
Son succès et son statut d’icône se confirment, en effet, de films en films : « En cas de malheur » de Claude Autant Lara, "Le Mépris", « Masculin, féminin » de Jean Luc Godard, d’Une ravissante idiote" d'Edouard Molinaro ou encore « Viva Maria » de Louis Malle,   


Des amours défuntes

Perçue comme libre, sensuelle, provocante insouciante ou encore ingénue, Brigitte Bardot est victime de son image, si bien que l’aile conservatrice hexagonale et une certaine presse s’arrogent le droit d’exploiter, également, sa vie privée. Une médiatisation qui précipite souvent la fin de ses amours.

Brigitte Bardot se marie par quatre fois, d’abord avec Roger Vadim, puis Jacques Charrier, son partenaire dans « Babette s'en va-t'en guerre » (de Christian Jaque) qui lui donnera son unique enfant Nicolas, le milliardaire allemand, Gunter Sachs, et avec Bernard d’Ormale, un industriel et sympathisant du Front National.
Brigitte Bardot a également partagé la vie de Jean Louis Trintignant, Sacha Distel, avec qui elle chante en duo « Le soleil de ma vie » (une adaptation de « You Are the Sunshine of My Life » de Stevie Wonder), Serge Gainsbourg qui lui offre « Bubble gum », « Bonnie and Clyde », « Je t’aime… moi non plus » ou encore « Harley Davidson », mais aussi de Samy Frey.  


Brigitte Bardot / Saint-Tropez : d’un mythe à l’autre

Las de cette vie tumultueuse qui lui vaut cet engouement qui la dépasse et dont elle devient victime, après 21 ans de carrière, Brigitte Bardot arrête le cinéma après une ultime comédie de Nina Companeez, « Colinot trousse chemise ». Nous sommes en 1973…
Propriétaire depuis 1958 de « La Madrague » (dont elle chante les louanges dans le titre éponyme qu’elle doit à Jean Max Rivière et Gérard Bourgeois), Brigitte Bardot s’installe définitivement dans cette demeure de la baie des Canoubiers, avant d’acquérir également la Garrigue, située au Capon.  Recluse, Saint-Tropez devient son havre de paix.

Si la discrétion, en dehors de ses sorties visant à soutenir la cause animale via la Fondation Brigitte Bardot pour la protection de l’animal sauvage et domestique, caractérise depuis près de quatre décennies Brigitte Bardot, son extravagance d’antan continue de parfaire la légende tropézienne, dans laquelle nombre de stars sont entrées.

Si une exposition, « Brigitte Bardot & Saint-Tropez », qui rassemble des photos, des peintures, des sculptures, des extraits de films mais également des objets personnels (1), entretient le mythe Bardot / Saint-Tropez, la mecque estivale des branchés rayonne par delà la légende.


Dans l’ombre de la lumière de Saint-Tropez


De terre agricole et forestière il n’est plus question à Saint-Tropez, devenue la terre d’accueil de la haute société.
Point encore de légende mais une réalité dès les années folles ; les artistes se plaisent déjà à marquer de leur empreinte la baie des Canebiers.
Ainsi Colette s’installe t-elle à la Treille Muscate où elle accueille les Joseph Kessel, Jean Cocteau et Jean Marais, qui délaisse pour l’occasion le très prisé, Saint-Paul de Vence voisin.       

Saint-Tropez devient également le port d’encrage pour les plus grands cinéastes de l’époque : Julien Duvivier, René Clair et Yves Mirande qui y élisent domicile.
L’été, les cafés de Saint-Germain des Près sont aussi désertés. Les adeptes de l’existentialisme de Jean Paul Sartre lui préfèrent Saint-Tropez qui voit débarquer, Boris Vian, Juliette Gréco et même Françoise Sagan.  


Les soirées blanches tropéziennes

Les soirées blanches d’Eddy Barclay vont également caractériser l’érotisme, la légèreté.
Les yéyés hantent les nuits tropéziennes : Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Eddy Mitchell, Henri Salvador ou Carlos.
Les stars internationales choisissent aussi Saint-Tropez. The Pink Floyd, eux aussi, « s’exhibent » et donne un concert au Moulin Blanc en 1970.
En mai 1971, Mick Jagger épouse la Nicaraguayenne, Bianca Perez Morena de Macias à l’hôtel de ville de Saint-Tropez. On croise : The Rolling stones au grand complet évidemment, mais aussi The Beatles, Eric Clapton, David Bowie, Roger Vadim et Alain Delon, venus dîner à la Brasserie des arts pour l’occasion.

On y fait aussi toujours son cinéma. La saga "Des gendarmes à Saint-Tropez" contribue à faire une marque de la commune.
« Le gendarme de Saint-Tropez » avec Louis de Funès et Michel Galabru, qui sort dès 1964, rassemble pas moins de près de 8 millions de spectateurs.
A la faveur des cinq autres épisodes qui sortiront jusqu’en 1982, la gendarmerie de la place Blanchi devient le lieu le plus photographié de Saint-Tropez.

Alain Delon, un habitué de Saint-Tropez, y retrouve Romy Schneider, avec qui il a rompu auparavant mais qu’il compte bien relancer en France, autour de « La Piscine » (1969) de Jacques Deray.
Une certaine Jane Birkin, qui partage déjà la vie de Serge Gainsbourg, qui craint que « Jane B » ne succombe à Alain Delon, y interprète Pénélope.    

La « Cage aux folles » (1978) réalisé par Edouard Molinaro et tiré de la pièce, au titre éponyme, de Jean Poiret qui joue naturellement dans le film aux côtés de Michel Serrault, profite également à la renommée de Saint- Tropez, où se tournent les aventures Renato Baldi et de son amant, Albin.

« Le coup de parapluie » (1980) de Gérard Oury avec Pierre Richard ou encore « Les sous doués en vacances » (1981) de Claude Zidi avec Daniel Auteuil et Guy Marchand s’y tournent aussi


La légende est éternelle

Aujourd’hui encore Saint-Tropez n’a rien perdu de sa superbe. Les stars, par delà les générations, aiment à se retrouver à Saint-Tropez. 
Elton John
, Sting, Albert de Monaco, Leonardo Di Caprio, George Clooney, Beyoncé, Jay Z font régulièrement escale à Saint-Tropez.  

Le 7éme art s’expose encore. La place des Jumeaux accueille le tournage de « La vérité si je mens » (1997) de Thomas Gilou avec José Garcia, Bruno Solo, Gad Elmaleh et Richard Anconina.
Philippe Harel choisit également Saint-Tropez pour tourner le deuxième épisode de « Les randonneurs » (2008) avec au sommet de l’affiche : Benoît Poelvoorde, Karin Viard et Vincent Elbaz.
A compter de septembre 2001, c’est Lisa Azuelas, à qui l’on doit déjà « Comme t’y est belle » (2006) et « LOL » (2009), qui tournera « Saint-Tropez ».   

Autant dire que cela tourne toujours pour Saint-Tropez… La Nouvelle vague n’en a pas fini de submerger les plages, des Caneliers en passant par Salins ou Pampelonne, et sa place des Lices ornée de platanes où se pressent les joueurs de pétanques.
Si Brigitte Bardot a accéléré la naissance d’un mythe, Saint-Tropez l’entretient savamment.


Caroline LEBENBOJM


(1) : Exposition « Brigitte Bardot & Saint-Tropez »
Espace Rendez-Vous des Lices
83990 Saint-Tropez
Jusqu’au 31 octobre 2010
Tous les jours de 11h00 à 20h00 / Nocturnes jusqu’à 23h00 en août
Tarifs : 11€ ou 8€ (réduit) / Gratuit pour les – de 10 ans

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