Le bikini

Coup de chaud sur les plages à l’été 1946… C’est dans un parfum de scandale que le plus petit des maillots de bain débarquent, immortalisé sous l’aspect du balconnet en vichy rose. Si les femmes s’y mettent timidement, toutes les icônes de l’époque le portent : du bikini blanc de Marilyn Monroe au motif peau de bête de Brigitte Bardot, en passant par le deux pièces noir de Romy Schneider. Une « bombe an-atomique » à l’effet encore dévastateur…

Bardot Nostalgie
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Une bombe an-atomique…

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le maillot une pièce est de mise, ceinturé ou non, aux rayures bleu et blanc. Depuis les congés payés de 1936, la plage est désormais associée aux vacances, et le maillot de bain devient un véritable accessoire de mode.

En 1932, Jacques Heim conçoit l’ancêtre du bikini, un maillot de bain deux pièces du nom d’"Atome », au slip légèrement bouffant et découvrant la poitrine et le ventre. Mais c’est le français Louis Réard qui le popularise en 1946 avec son «  bikini », du nom de l'atoll de Bikini, dans les îles Marshall, où a lieu le premier essai nucléaire américain la même année.

Avec pour slogan publicitaire : « "Bikini : la première bombe an-atomique! »… la messe est dite : Un maillot de bain deux-pièces composé d’un minuscule haut et de deux triangles de tissu reliés par deux cordelettes en guise de bas.

Pendant ce temps aux Etats-Unis, une mesure de restriction réduit en 1943 de 10% le tissu destiné à la confection des maillots de bains féminins. C’est la fin de la jupe de bain et le début du maillot de bain minimaliste !

Mais c’était sans compter les tabous encore vivaces des sociétés d’après guerre. Dans les magazines féminins (et surtout dans les magazines féminins !), les publicités pour les maillots de bain se limitent à des armatures baleines, des jupettes et des renforts en mousse de nylon, le tout photographié sur du faux sable dans des poses statiques.

Pourtant le modèle du bikini n’est pas récent puisque fut retrouvé dans la Villa Romana del Casale, en Sicile, une mosaïque antique représentant des jeunes femmes vêtues de tenues ressemblant étrangement à des bikinis.
Mais c’est 1500 ans plus tard que le modèle investira les plages… créant son lot de scandales.

…et un énorme scandale.

Immense polémique à l’été 1946… D’ailleurs aucun mannequin n'accepte de porter ces trois petits triangles, pour un défilé à la piscine Molitor, qui remplacent les larges culottes et les soutiens-gorge en bandeau.
C’est finalement Micheline Bernardini, danseuse de nue au Casino de Paris, qui accepte de présenter le maillot de bain sous l’œil curieux de centaines de photographes.

La politique s’en mêle et le bikini est aussitôt interdit dans la plupart de l’Europe, notamment en Italie ou au Portugal sous l'impulsion du Vatican. S’en suit même en 1947 une association anti-bikini à Rio de Janeiro ! Comble pour cette ville qui deviendra moins de vingt ans plus tard  le temple du maillot de bain deux pièces.

Pour l’épouse de Maurice Thorez, secrétaire général du parti communiste français, cette mode humilie la classe ouvrière, le prix du bikini correspondant au tiers du salaire d'une dactylographe, et attise la lutte des classes.
Une affaire qui fait du bruit et c’est sans compter  le tollé que provoque le bikini chez les féministes qui l'accusent de transformer la femme en simple objet de désir.

Un véritable accessoire de mode

Ce n’est que vers le milieu des années 1950 que le bikini refait les gros titres, et ce par le soutien des starlettes de l'époque au plus petit des maillots de bain !
La princesse britannique Margaret défraie ainsi la chronique en 1950, photographiée en bikini sur un yacht, aux abords de la Costa del Sol. En couverture de toutes les unes,  le bikini est de nouveau sur toutes les lèvres  …

Désormais, les plus grandes icônes de l’époque le portent, de Marilyn Monroe qui pose en 1948 pour la marque de maillots « Jantzen », à Brigitte Bardot et son maillot deux-pièces qui affole la plage de la Croisette.
Par ailleurs, des millions de téléspectateurs découvrent l’actrice Diana Dors vêtue de son minuscule bikini au festival de Venise en 1955, tandis que Jane Mansfield affiche ses maillots en peau de bête dans le magazine américain « Life ».

Les magazines féminins s’y mettent timidement… En 1949, le magazine "Elle" ose enfin publier un modèle de bikini, suivi par son concurrent, "Marie Claire", qui consacre à son tour le bikini, avec un reportage réalisé en plein air.

Plus rien ne semble résister au Bikini, pas même le magazine « Vogue » qui en fait le "vêtement de la saison" en 1959, après avoir publié huit ans plus tôt : "Nous savons que nos lectrices dénigrent le bikini, qui a transformé certaines côtes de nos régions en coulisses de comédies musicales et qui de plus n'embellit pas la femme".

Les mutations sociales et politiques de la fin des années 1960 finissent par influencer la mode et les maillots de bain de l’époque. Rouge, bleu ou vert, le bikini se décline désormais dans toutes les couleurs ! Les styles se diversifient, et ce grâce à un nouveau matériau… le lycra.

De Dalida aux Beach Boys, la musique s’y met
 
La chanson s’y met aussi avec Brian Hyland qui sort en 1960, "Itsy Bitsy Teenie Weenie Yellow Polka Dot Bikini". Le morceau popularisé en France par Dalida et Richard Anthony, devient le titre estival par excellence et des milliers d’adolescents entonnent désormais sur les plages « il y avait une belle fille, qui avait peur d'aller prendre son bain… ».

La mode est alors aux Beach Boys qui explosent sur les ondes et sont dans tous les pick-up avec « Good vibrations » ou « Surfin » Safari ».
Dans la foulée, la série "Beach Party" avec Annette Funicello et le chanteur Frankie Avalon sort sur grands écrans. Les titres des différents épisodes qui s'enchaînent de 1963 à 1966 sont particulièrement évocateurs, de "Beach Party", à "Bikini Beach" ou "How To Stuff A Wild Bikini ».

Pendant ce temps au Brésil, le tube "Garota de Ipanema " (La fille d'Ipanema), qui évoque une jeune fille de 15 ans, Helôísa Eneida Pinto, adepte du bikini, devient un énorme succès. Ce mannequin fait du bikini l'uniforme obligatoire sur les plages de Rio !

Coup de chaud sur le cinéma


Après la musique… le cinéma. En 1956 les spectateurs français découvrent le bikini sur grand écran, et ce grâce à Brigitte Bardot .De « Et Dieu créa la femme » de Roger Vadim au « Mépris » de Jean-Luc Godard, où le deux pièces est de mise quand elle n'est pas simplement nue, le bikini devient une véritable arme de séduction

Conquis, le cinéma ne s’en séparera plus. En 1962, Marilyn Monroe s'affiche en bikini dans « Something's got to give » de Georges Cukor, tandis que la jeune actrice Sue Lyon bouscule les moeurs en se pavanant à moitié nue en bikini dans « Lolita » de Stanley Kubrick.

Mais c’est Ursula Andress en 1963 qui rend le bikini incontournable avec son apparition fracassante dans « James Bond 007 contre le Dr. No ». La sortie de la James Bond girl vêtue d'un deux-pièces ivoire, d’un poignard ceinturé à la taille et d’un coquillage dans la main déchaîne les passions.

Le couple mythique Romy Schneider et Alain Delon revisitent le maillot deux pièces dans le film « La Piscine », avec le fameux bikini noir taille basse de l’actrice.

Le célèbre bout de tissu se veut aussi futuriste avec en 1983, la saga « Star Wars : le retour du Jedi » et l’actrice Carrie Fisher qui devient l'objet de tous les fantasmes dans son mini bikini de métal doré.

En 2006, le bikini célébrait ses soixante bougies. Des photos de la presse mode aux défilés des plus grands couturiers, le bikini est encore, plus d’un demi siècle plus tard, une valeur sure de la saison estivale.

Cécilia Delporte

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