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On vous propose aujourd'hui une rencontre avec Joey Tempest, la voix d'Europe. Il y a un nouvel album Come This Madness, et surtout une tournée anniversaire autour de leur tube de 1986, The Final Countdown. Cet album a été écrit avec une guitare en main et un œil sur la télé allumée sur les chaînes d'info ?
Joey Tempest : Quand on a commencé à écrire cet album, la Covid est arrivée. Et c'est dans cette situation particulière qu'on s'est mis à composer : je me suis retrouvé à la maison avec la guitare et les infos allumées à la télé dans le fond, parce que c'est comme ça que j'écris très souvent. J'avais lancé l'enregistreur. Alors oui, j'ai capté des choses dans les infos et j'ai écrit en même temps. Je note des bouts et j'écris.
Simplement, je pense qu'aujourd'hui on est plus ouverts, plus expérimentés. Je pense qu'on maîtrise mieux les paroles. On peut raconter de vraies histoires et peut-être y mettre un peu plus de sens. Quand tu es plus jeune dans un groupe de rock, tu vas chanter des trucs cool. J'aime toujours autant chanter "Rock the Night", j'aime ça parce que c'est aussi important pour nous de se lâcher vraiment.
Dans The Final Countdown, il y a cette phrase d'introduction : « We're leaving together » (On décolle tous ensemble). Est-ce qu'aujourd'hui cette phrase résonne toujours de la même façon chez vous ? Est-ce qu'il y a toujours cette volonté de f**tre le camp ?
Joey Tempest : En fait, j'ai plutôt envie de rester ici à me battre pour la planète que de m'échapper. Quand j'étais plus jeune, il y avait cette histoire, même si au fond l'idée était un peu de dire qu'on voulait quitter notre banlieue pour devenir un groupe et parcourir le monde. C'était un peu ça le message à faire passer.
Aujourd'hui, je n'ai plus trop envie de me barrer. Et si on me proposait d'aller dans l'espace dans une navette, je n'irais pas. Mais cette chanson a aussi des sous-textes, des sens cachés, des trucs métaphoriques. Elle a eu un sens pour le continent européen — même le groupe en a fait une version. Il s'est passé beaucoup de choses depuis les années 80 en Europe, et cette chanson était au milieu de tout ça. Elle est un reflet de cette époque.
Il y a cette signature, cette intro si caractéristique, mais aussi cette mélodie, cette structure. Ça vient d'où finalement ?
Joey Tempest : En fait, j'ai été surtout inspiré par deux choses : le rock britannique, les rythmiques à la UFO, et puis pour les paroles, c'est David Bowie. J'écoutais beaucoup Bowie à l'époque, j'étais fasciné par ce qu'il écrivait sur l'espace. Donc j'ai écrit les paroles en sachant que c'était le monde où j'allais vivre. Je voulais vraiment en faire une chanson sur le fait de quitter la planète Terre.
Et la partie clavier dans l'intro, ça part de quel endroit ?
Joey Tempest : J'ai fait une première démo. Je me souviens de la démo, je l'ai jouée aux gars du groupe et ils étaient là : « Wow, c'est tellement différent Joey, qu'est-ce qui se passe ? » Ils étaient un peu intrigués je pense. Ensuite, ils ont commencé à aimer la mélodie.
C'était un peu différent avec les claviers parce qu'on avait grandi avec les guitares, les guitares étaient partout sur le premier album. Puis les claviers sont arrivés d'Amérique et du Japon dans les magasins de musique. Il y avait ce magasin avec une pièce remplie de claviers et je me suis dit : « Ah, c'est intéressant ! » Donc j'ai commencé à écrire avec des claviers. C'est pour ça qu'il y en a dans The Final Countdown. En fait, c'était juste un nouvel outil de création.
Comment cette fameuse intro au synthé a-t-elle été dévoilée au public avant même qu'elle n'arrive sur l'album ?
Joey Tempest : On allait souvent boire des coups dans cet endroit qui s'appelait le Barcelone à Stockholm, et il y avait un show laser qui commençait à minuit. Vu qu'on était là tout le temps, ils nous ont dit : « Vous n'auriez pas une musique pour accompagner le début du show laser ? » J'ai dit : « Tenez, j'ai essayé ce morceau-là. »
Ils ont utilisé cette démo. Le premier soir où on était là dans le bar, on s'est dit : « Wow, c'est une super intro, ça donnerait super bien pour notre propre concert ! »
Après, je suis rentré à la maison et j'ai brodé autour de ce thème. Quand j'ai terminé la chanson, elle faisait plus de six minutes et demie. C'était un vrai titre d'album, pas un format single. Une fois dans un studio à New York avec Bob Ludwig, quand on l'a remasterisée, il a suggéré qu'elle devait être un peu plus courte, et donc on l'a coupée à deux endroits. La maison de disques ne voulait pas la sortir en single au départ, pour eux c'était Rock the Night d'abord. Mais moi j'adore toujours autant cette chanson.
1986, c'est la sortie de Master of Puppets de Metallica, True Blue de Madonna, Slippery When Wet de Bon Jovi ou Music for the Masses de Depeche Mode. Quels sont les disques qui retiennent encore l'attention du chanteur d'Europe ?
Joey Tempest : Au lycée, soit tu aimais Depeche Mode, soit c'était Bon Jovi. Il y avait une séparation sévère à l'époque ! J'étais plutôt du côté rock, même si chez Bon Jovi il y avait toute l'influence de Springsteen. J'étais plutôt sur des trucs comme Thin Lizzy, Deep Purple ou Whitesnake.
Mais on écoutait aussi beaucoup Boston et Kansas. Si je devais choisir un album aujourd'hui, je dirais l'album de Depeche Mode, parce que cet album est tellement bon et tellement dépouillé. Un groupe incroyable.
Comment parlez-vous du succès phénoménal et foudroyant qui est tombé sur le groupe en 1986 avec The Final Countdown ?
Joey Tempest : Je me revois encore dans notre train de banlieue à Stockholm quand on était gamin pour aller voir Whitesnake ou Deep Purple. C'étaient nos idoles, on était au premier rang. Quand on sortait de répétition, on se demandait : « Comment font-ils ? Ils voyagent partout ! » Nous aussi on voulait devenir un groupe, pouvoir partir en tournée, et c'était beaucoup plus important que d'être célèbres.
On n'avait jamais vraiment voulu être dans les magazines. Même avec The Final Countdown, ça a basculé vers le monde de la pop sans qu'on l'ait choisi. Certains gars du groupe détestaient ça. Après, toutes les interviews, toutes les photos... Je ne pense pas qu'on se rende compte du nombre de play-backs qu'on a faits. Ça peut tuer un groupe, parce que ça n'a plus rien à voir avec la musique.
Quel serait l'endroit le plus improbable où vous avez entendu résonner les notes de The Final Countdown ?
Joey Tempest : Ça pourrait être un jour à Tokyo où j'ai entendu la sonnerie de téléphone de quelqu'un. Je me souviens, c'était un jour de pluie et tout le monde avait des parapluies. J'ai dû me baisser pour repérer qui avait ce téléphone énorme !
Et puis il y a aussi toutes les utilisations dans le monde de la Formule 1. Mon père et moi, on aimait beaucoup la Formule 1. Ça le rendait tellement fier quand les organisateurs de Grand Prix ou les émissions de télé utilisaient la chanson.
40 ans après la sortie de l'album, quels souvenirs vous laissent ces années 80, avec leurs bons et leurs mauvais côtés ?
Joey Tempest : Quand je repense aux années 80, je revois surtout le côté tout beau tout neuf. Les années 80 étaient spéciales dans le sens où les labels étaient très puissants, la musique avait de l'importance, les clips étaient importants. C'était incroyable culturellement et socialement.
Les artistes prenaient aussi ça très au sérieux, ils écrivaient et produisaient beaucoup de bonnes choses. La qualité et la volonté d'y arriver étaient là. Le mauvais côté des années 80, c'est quand l'enregistrement numérique est arrivé : certains producteurs l'utilisaient un peu trop alors qu'ils ne le maîtrisaient pas du tout. Mais la qualité était là. Des albums comme Grace Under Pressure de Rush, je me demande encore comment ils ont réussi à sortir des trucs aussi incroyables. Il y a eu des disques hors du commun dans les années 80.
Remerciements à Joey Tempest pour cet échange autour de The Final Countdown et de ces 40 ans passés avec ce tube. Et puis, ne pas oublier aussi qu'en 2026, Europe, c'est leur nouvel album Come to Madness, avec sûrement des dates de concerts à venir en France.