Vidéo : Stéphane Eicher : " Je préfère une carrière biscornue à un tube qui enferme "
Stephan Eicher parle doucement, mais ses idées sont claires. Le succès, il l’a connu très tôt, bien avant Déjeuner en paix. Avec Eisbär, enregistré avec Grauzone, des millions de disques sont vendus. Une réussite fulgurante, mais aussi une expérience déstabilisante. « Ça nous a tellement effrayés », confie-t-il au micro de Will Teyssedou. Au point de s’interroger encore aujourd’hui : est-ce que tout cela vaut vraiment un tube ? Plutôt que de chercher à prolonger artificiellement ce moment, Stephan Eicher a choisi une autre voie. « Je préfère avoir une carrière peut-être un peu biscornue », explique-t-il. Accepter de ne pas être constamment au premier plan, mais continuer à créer. Un choix assumé, rappelle-t-il, puisqu’il joue toujours à l’Olympia et que cette liberté lui permet de durer.
Des chansons qui évoluent sur scène
Sur scène, les chansons de Stephan Eicher ne sont jamais figées. Les paroles restent, la mélodie change peu, mais les arrangements évoluent. Cuivres, harpe, nouvelles couleurs : chaque concert est l’occasion de proposer autre chose. « C’est comme un cuisinier », sourit-il. « Il a son menu, mais il peut toujours rajouter de la coriandre. »
Le travail avant tout
Le chanteur aux multiples talents revendique une vision presque artisanale de la musique. L’inspiration existe, bien sûr, mais elle ne représente qu’une part du travail. « C’est 80 % d’artisanat », insiste-t-il. Rechanter, recommencer, douter, jeter parfois des arrangements pourtant coûteux parce qu’ils ne servent pas la chanson.
Comme dans la peinture japonaise, des heures de préparation précèdent un geste qui ne dure que trente secondes. Peut-être que c’est là que réside l’inspiration, l’âme. « Je ne sais pas vraiment comment appeler ça », conclut l’artiste.
Le chanteur "Facteur"
Lorsqu’il reçoit les textes de Philippe Djian, Stephan Eicher ne cherche pas à tout analyser. Il se définit comme un « facteur », chargé de livrer une lettre au public. Libre ensuite à chacun d’y projeter sa propre lecture. Cette distance volontaire lui permet de conserver une forme de naïveté créative qu’il juge indispensable.
En France, tout est possible
S’il chante en plusieurs langues, « c’est avant tout la sonorité », explique l’artiste. L’allemand apporte une rigidité, une intention qui se ressent avant même de comprendre le texte. Le français, lui, séduit immédiatement par son charme. Une langue qu’il associe à un état d’esprit particulier. « En France, on peut se lever le matin et se dire que tout est possible. En Suisse, tout est déjà fait. » Une manière de résumer ce qui continue de le faire avancer.