Vidéo : Entre les Notes avec Alain Chamfort : "C’est la mélodie qui traverse le temps"
Ce qui frappe chez Alain Chamfort, c'est son amour des contrastes. Il aime faire cohabiter la gravité et la légèreté, ou poser des mots très simples, presque familiers, sur des musiques d'une grande poésie.
Comme il n'écrit pas ses textes lui-même, tout repose sur la confiance qu'il accorde à ses paroliers de toujours, comme Jacques Duvall ou Pierre-Dominique Burgaud. Pas de "commandes" froides entre eux, mais de longues discussions sur la vie, le quotidien et les émotions. C'est de cette amitié que naissent ses plus belles chansons. Parfois, Alain propose une idée, mais ses auteurs l'emmènent ailleurs. Et c'est tant mieux : chanter les mots d'un autre permet de continuer à se faire surprendre.
"Quand je demandais à Jacques comment lui venait une idée, il me répondait : "J'écoute ta mélodie et, à force de la fredonner, les mots me tombent tout seuls." Sauf que leurs mots à eux sont toujours plus intéressants que ceux qui me venaient à l'esprit."
La technologie change, mais le cœur reste le même
En cinquante ans de carrière, Alain Chamfort a vu le studio de musique se transformer du tout au tout. Il a connu l'arrivée du synthétiseur, qui a ouvert une immense fenêtre de créativité, puis les premiers samplers, et enfin les outils virtuels d'aujourd'hui qui offrent des milliers de sons différents en un clic.
S'il adore s'amuser avec ces nouvelles technologies, il garde les pieds sur terre. Pour lui, le son n'est qu'un costume que l'on donne à une chanson pour qu'elle colle à son époque. L'essentiel est ailleurs : dans la mélodie.
"Aujourd'hui, on a parfois l'impression de parler à des ingénieurs du son plutôt qu'à des compositeurs. On oublie un peu la mélodie alors que c'est elle qui crée l'émotion et traverse le temps. "
Quitter la variété pour trouver sa liberté
Tout n'a pas toujours été simple pour le chanteur. À ses débuts, sous l'aile de Claude François, il connaît un immense succès populaire. Mais il se retrouve vite étiqueté "chanteur à minettes". Pour retrouver sa liberté et faire la musique qui lui ressemble, il décide de tout quitter et de prendre des risques.
Il s'associe alors avec Serge Gainsbourg pour l'album Rock'n rose. C'est un virage à 180 degrés qui déroute son public de l'époque et rend les critiques méfiants. Il lui faudra beaucoup de temps et de patience pour être enfin pris au sérieux.
"Le public se sentait un peu trahi. J'ai eu du mal à apparaître crédible vis-à-vis des gens pour qui cette image de variété était très établie. Après, dire qu'on en souffre, c'est un grand mot ! Ça a juste mis un peu plus de temps."
Aujourd'hui, cette sincérité est récompensée : des jeunes de vingt ans redécouvrent et adorent ses anciens albums sur les plateformes de streaming.
Chanter avec sa voix d'aujourd'hui
Avec les années, la voix change naturellement et devient plus grave. Plutôt que de forcer pour chanter exactement de la même manière qu'à ses débuts, Alain Chamfort a choisi d'accompagner ce mouvement naturel et de s'adapter.
Pendant longtemps, il utilisait sa voix perchée dans les aigus comme un instrument de musique parmi d'autres, presque sans penser au sens des mots. C'est grâce à des concerts plus intimistes, en piano-voix, qu'il a pleinement découvert son rôle de conteur.
"J'ai tenu compte de ce que ma voix devenait pour adapter mes chansons à ma voix, et non pas faire l'inverse. Non pas chercher à faire de l'acrobatie pour maintenir ma voix à ce niveau-là, mais plutôt accepter les tessitures qui baissaient. "
Aujourd'hui, il adapte la tonalité de ses anciens succès à sa tessiture actuelle pour mieux raconter les histoires et partager une émotion brute, tout simplement.